Archives mensuelles : décembre 2014

Samedi 8 avril 1995

 

Sojac
Le stade municipal

 

Adèle a débarqué jeudi et j’ai été inadéquat, c’est-à-dire que j’ai trimballé d’un instant à l’autre une tronche d’incident technique indépendant de ma volonté – Et depuis, la tronche je la garde, quitte à ce que ce soit la plus petite des poupées gigognes qui serait enceinte à craquer de la plus grande. Je lui ai parlé à sa descente du bateau, elle a compris et a remonté sa petite valise jusqu’à sa cabine. Ca a fait ce bruit là de la quitter, un peu dzoing, pour le bruit de la catapulte, le petit nuage de poussière et puis un truc qui reste un moment en suspension, allez disons sa culotte, et qui ne tombe en feuille morte que quelques secondes après qu’elle a disparu. Elle est revenue en souriant, et depuis j’ai l’humeur Buren, grise avec des rayures grises, et l’indistinction ne fait pas tout l’ennui : j’ai appris que les mangas se lisent de droite à gauche, ça m’a fichu un coup. J’ai hâte d’aller crever ma bulle de gros gros gros chagrin sur la plage et de jeter du sable (Ici il n’y a pas de cailloux) loin là-bas vers la confusion semi-gazeuse de l’horizon.  Si le vent vient de face, ça me donnera une bonne raison de pleurer ma race.

Hier on s’était prévu s’il faisait beau (et il a fait putain de beau) un pique-nique au stade municipal (Il y a plus bucolique mais c’est ultra extra-muros) avec les filles et Mao. Dada est partie pour le week-end et pour ses affaires sur l’île Nord ; Lydie hors-jeu elle aussi, elle avait une excuse, elle pré-inaugurait Marc chez sa sœur aînée. Rendez-vous 19H30 derrière les cages vers l’aire des lancés, dress-code rien de spécial, c’est con j’avais plein d’idées crétines. On s’était vachement bien réparti les tâches organisationnelles : Louise et Mao devaient aller s’aimer tendrement et soupirer chez Louise tout l’après-midi, les autres ne pas en ramer une selon les modalités qui auraient leurs agréments, et donc Adèle et moi on a fait les courses, ça s’est trouvé comme ça.

Elle était affligeante : sa robe droite de 2,7gr, nu-pieds assortis, ses cheveux dérangés comme de l’herbe, ses épaules et son dos, ses petites gambettes, son humour vachard à la traque du trompe-l’œil et cette façon d’avoir les petits gestes qui rendent propices à l’autre les petits bouts de monde qu’elle peut agencer. Ah ! la vie Auchan, j’ai vite commencer à zézayer, à faire mon Garcimore et à tenter des tunnels de robes à l’entrée de ses aisselles. Bref à aquaplaner avec mon caddie dans les rayons d’une trop grande surface sublunaire et climatisante. Zaper zaper zaper, j’ai proposé qu’elle fasse la queue à la rôtisserie pendant que je filais chercher l’à boire et le reste de l’à manger, et je suis parti pour toujours. Au retour, j’ai pris cinq minutes pour hyperventiler au rayon surgelé en la regardant de loin. J’étais bien, là, à ma place, et étrangement soulagé de constater que décidément ma place n’était localisée qu’autant qu’elle entérinait les conquêtes de ma soumission. Mais bon, hein, c’est difficile de se déprendre d’avoir eu à jouer le rôle du démiurge de la désaffection.

On est passé chez moi stocker les courses dans mon frigo, elle a jeté un coup d’œil un peu partout, vite fait, on n’a pas musardé ; en bas je me suis adossé à la porte de l’allée pour la laisser passer en regardant ailleurs, vaguement derrière elle, et j’ai enduré vaillamment les toutes petites trombes perforeuses de son parfum quand elle est passée. Vaillant, le gars. Par contre j’ai dû me pétrifier un peu de trop dans sa traîne, parce qu’elle m’a dit :
– C’est bon Léon, tu peux fermer, je suis toute sortie.
J’ai répondu pff et j’ai vérifié quand même : effectivement dans l’allée il n’en restait rien.

Sinon le pic-nique, rien de saillant. J’ai regardé en l’air ou mes poils de mollets, les arcs de cercles concentriques où vont fuser les javelots et les ailes du nez de Mao qui sont le média d’un tic exaspérant quand il s’apprête à dire une grosse connerie – c’est à dire tout le temps. En vrai, j’ai dédié mes blancs d’œil à une robe légère, point. Ah ! si, un truc : je me suis assis sur Paco. Paco c’est le fils de Nelly, il a trois mois, était posé sur la nappe à l’ombre avec ses petites papates de crapaud en l’air et ses faux airs de Raymond Barre. Bon bien sûr tout le monde s’est mis à hurler et j’ai eu vachement peur. Voilà, je me suis assis sur un nourrisson, je ne suis pas sûr de le rajouter dans mon CV. Pas fait exprès.

En avance

 

En avance

J’aime arriver tôt à l’I.M.E..  Un quart d’heure
d’avance et le temps d’une clop aller flâner
près des fenêtres. Mes beaux enfants sont mélangés
par classes d’âge avec ceux des autres chauffeurs :

les grands d’abord, qu’on habille pour la route :
M. engoncée dans sa pelure plastique
insuffisante, le grand Crak qui mastique
de l’air dans sa salive – et on dirait qu’il broute –

Parfois les deux ronds de flan de la Mamazelle,
qui m’ignore ostensiblement, tant mes clins d’œil
que mes effets de mains déjà tendues vers elle.

En longeant le dortoir des internes, on entend
aussi les plus bruyants des petits, qui accueillent
leurs camions, qui traversent la cour, en crissant.

Mercredi 5 avril 1995

 

Sojac
Le comptoir chez Nénesse

 

Je crois que je pourrais très bien faire de la musique pour vivre, et qu’elle n’en serait pas davantage tuée que si je la laissais à ses taxidermistes appointés. Mais il se trouve que je vis plutôt pour l’entendre, ou bien il faudrait croire que c’est pour le regard d’une femme… Mais je ne suis pas un foetus. Il n’y a pas deux manières d’être, amoureux, musicien, démocrate, paranoïaque, il faut se résigner à le devenir, sachant que ça revient à se compromettre incessamment, et ce qu’on entend après la pluie ce n’est plus la pluie. Je suis sourd de l’oreille droite depuis trois jours (une infection bénigne), plus rien ne fait signe, il faut tout supposer.

Je ne bois plus et je douille. Au vrai je crois que j’aime aussi mes désespérants travers et que je n’ai bu que pour désinhiber mes raisons de boire : être une montagne et rêver avec ardeur d’engendrer une souri. Ou le contraire. Mais là basta, marre. Il faut dire que j’ai eu dans le passé un vrai sevrage épouvantable et que du coup, j’ai une petite sirène bien stridente maintenant qui s’enclenche à peine l’épouvante commence à se promettre avec un peu d’aplomb. Ca va. Je me prévois dix jours d’apéro à la verveine, d’accord ce n’est pas terrible, mais au moins je pourrai tremper mes tartines au tarama.

Je passe de plus en plus souvent des petits moments avec Barbara, la serveuse de chez Nénesse, on s’isole vers les fûts de bière ou derrière la réserve, on fume ou pas, on badine férocement, je me souviens de ma stupéfaction le jour où elle a détourné mon cahier, et je la comprends maintenant en douce : elle est d’une beauté stupéfiante, et l’ennui est une douve quand on se rêve un amour/noyade. Emotion donc. J’aime décidément sa conversation, et la rétention dont elle est le sinueux transport, un genre d’entrelacs de serpents taiseux qui prennent une onde ovipare. Surtout elle est plus sévère que pudique et du coup ne me laisse que le choix d’être à la hauteur : je ne lui réponds quasiment pas, et je ne réponds de rien. Je me censure obligeamment par un piètre usage de l’ellipse, je me fais «poète de merde» pour ne pas dire ce que je dis. Je pue de la gueule quoi… Je pue de la gueule. Illusionné et vaniteux probablement, j’ai l’impression que je lui plais vraiment. Beaucoup. Peut-être plus de jour en jour, et que  ce n’est pas encore assez pour qu’elle abdique de son maintien, qu’elle baisse sa garde, et qu’elle me fait payer ce à quoi je manque, en boudant. Mais elle joue toute seule, avec elle-même en m’instrumentalisant comme objet A, seulement j’ai déjà vécu ça, et au près et au moins j’étais l’instrument de l’abîme érotico-sentimental d’une personne immense et qui faisait tapis de sa personne à chaque fois où elle me jouait. Là c’est juste une jolie môme capricieuse et sans lucidité qu’un cynisme d’importation. Il y a deux ou trois ans je me serais amouraché de ses manières qui favorisent mon gâtisme. Mais je ne suis pas il y a deux ou trois  ans, et dans deux ou trois ans je serai peut-être bien mort.

Sinon en rouvrant l’atelier, je ne pensais pas qu’il me le rendrait si vite et si bien. J’ai retrouvé doucement la main et l’envie de me lever à l’aube (même si pour ça je ne me sens pas de frimer, le sevrage est récent) ; je regarde un peu à nouveau ce qui m’entoure. Ca ordonne mes envies et l’austère discipline d’une chose après l’autre. Au surcroît je n’ai pas le temps de musarder avec les questions existentielles qui me minaient les heures d’atelier naguère (c’est quoi une image gnagnagna ?), je peins ce que je veux faire apparaître, point barre. Et mine de rien, au plaisir, comme ça, si je tiens le rythme, je peux accumuler assez pour une exposition à la rentrée prochaine – et la possibilité avec elle d’un retour à une vie « normale »… Enfin ma vie normale à moi. Du coup j’aimerais bien que ça contamine les autres compartiments de ma vie, mais pour ça il faudrait que je sois moins con : ce week-end je vois Adèle, et toute la semaine j’ai pensé à une autre, et rien que de l’écrire, ça me fait un long soupire lamentable en fait de pensée cohérente. Je crains, à ce niveau il  faut qu’on me fasse piquer. Je crois qu’avoir mariné dans l’alcool pendant trois ans, ça n’a pas ramolli que ma volonté.

Un comburant, pas d’air…

 

Dimanche 2 avril 1995

 

Sojac
Au container à verre

 

Un soir de la semaine dernière, j’étais dehors et j’étais en train d’expliquer à Mingus, le plus jeune de mes chiens, que quand je prononce son nom un peu fort avec un ton mi-interrogatif mi-impératif, en fait c’est que je l’appelle et que donc ce serait bien qu’il revienne ce bâtard de ses os (mais en fait c’est peine perdue, il a deux ans et il sait à peine son nom), quand j’ai eu un genre de révélation, quelque chose comme une lumière céleste similaire au bout du tunnel de ceusses qui reviennent d’entre les morts, mais là disproportionnée par rapport au bien peu d’éblouissement embarqué dans l’éclairage nouveau qu’elle occasionna : l’aboulie est un lierre grimpant qui envahit vite tout, pompe toute la lumière et tout l’air, et ne laisse peu à peu que le choix du mimétisme : ramper à la verticale.

Du coup je me suis attaqué à un grand format, lubie soudaine qui ne m’avait pas pris depuis la mort de mon père – je dois me sentir conséquent comme un tourneur de roue télévisé en ce moment, agrandir et épaissir à l’acrylique et aux onguents de sorciers sur bois une aquarelle dont le ciel me semblait subir comme un éteignoir le format 14×14 dont je me suis fait un carcan. J’ai peiné trois minutes pour amplifier mes gestes et pour zoomer/contre zoomer avec les jambes pendant que je posais les premiers aplats, mais vite «retrouvaillé» avec une sorte de soulagement, de bonheur objectivement réactionnaire, pendant les sept heures de rang que ça m’a pris ensuite à informer l’informe, le réceptacle des lumières des deux ou trois couches ultérieures. Je m’en suis mis plein les doigts comme avant, un peu dans les cils mais ça c’était sûrement pour entériner l’intimité à l’œil.

Je ne suis quasiment plus sorti que pour aller aux répétitions, j’y ai passé la semaine, et je n’ai pas fini, n’en serai au moment où la peinture se joue que demain, la dernière couche en glacis et les incisions au cutter, les écorchures à la ponce pour aller chercher comme les nerfs et les os sous la peau, les strates de couleurs successives. J’y ai laissé mon dimanche dernier, mon mercredi après-midi, mon samedi tout entier, et toutes mes heures libres des autres jours, j’ai pourri ma maison, mon bac à douche, mes chiens, pour le fastidieux d’un travail de petite main qui veut s’en remettre à la dévotion, au vœu pour la chose, au tacheronnage du métier et ne voir de la vie que je convoque qu’une aquarelle d’il y a quelques années. Du temps de l’île nord.

Hier, gonflé à bloc, j’ai vidé mon bar dans l’évier et fait déraper ma mini cave à un camarade nécessiteux. Un sac Ikéa pour les cadavres, j’essaierai d’aller avant l’aube complète au container à verre pour ne pas faire état, au delà du témoin gênant, de ma re-déchéance récente.  De toute façon j’ai les yeux grands écarts à 5 heures tous les matins. Je crois que je suis pressé. Je crois aussi que je ne dors pas. Jamais. C’est impossible, je sais : je dois tomber dans des failles spatiotemporelles d’une demie heure d’un instant à l’autre où je m’abîme dans l’indistinction du plafond, sans quoi je ne tiendrai pas. Mais je ne me sens pas dormir. Bien sûr il y a le corps d’une femme qui flotte, mais à ce moment là, il pue.

Dans l’élan j’ai failli envoyer mon dernier message-texte à Adèle, mais «je te quitte lol», ça m’a semblé un peu cavalier. Même pour un mufle dans mon genre.

C’est fini. Autant j’agrée par les faits que je n’en ai strictement rien attendu. Jamais. Autant je m’accorde sans trop rechigner de me trouver judicieusement lassé d’avoir été par là bien prévoyant : parce que rien en effet. Mes verbiages n’exigeaient pas de réponse, n’étaient pas énoncés dans sa langue. Surtout elles ne lui assignaient aucune posture. Elle a eu tout loisir de se déployer. Et ce fut une volute chétive, comme un coucou qui est jeté hors d’une petite maison en bois par un ressort, « coucou » qui ne dit que son nom, minuit, une heure, et que le ressort ravale. Et puis plus rien.

 

Terre

 

Terre

Pendant que le tain coule, et sûrement ses jours
Sans reliefs avec lui en sus, et pendant qu’on
Ne s’y est pas noyé en se jetant du pont
D’un soupir, les deux lèvres retroussées autour

De l’ennui, on fait de la patience une vie.
Le jeu c’est de tâcher de lire au dos des cartes,
De ré-abuser l’air sans qu’il ne se départe
De la faveur de peser sans donner d’appui

Parce qu’on n’est jamais si heureusement traître
Qu’à soi-même quand on l’est pour ne pas paraître,
Et s’en tenir à cela. L’attente est la terre

Epaisse qu’on voudrait sur son ventre pour peu
Qu’on s’éternise à se préparer des adieux
Honorables. C’est le ciel qui aspire la mer.

 

Jeudi 30 mars 1995

 

Sojac
Ma panoplie de zonzon

 

J’ai repris une consommation régulière d’herbe à chat. Il faudrait qu’elle soit ponctuelle. On verra. Ca tombe bien précisément maintenant, ça pré-dérouille en douceur ce qui doit dérouiller, un cunnilingus à ma montagne de rien avant de lui creuser un tunnel. Je panique un bon peu, et je demeure innocent – mais il ne faudrait pas qu’un oiseau me chie dessus. Je fume le soir, j’ai des murs spongieux, un habitacle de possibles, je secrète et j’harangue des trombes d’acides aminés. Je pense à Adèle un peu, je suis en apnée, des fois à la vielle femme et j’étouffe parce que la trahison n’est pas qu’une question de dates – les cyniques ne sont que des gens très finement simples. Bref, je peine à écrire, et il faudrait pourtant. Je commence à accumuler des chansons en nanana, c’est pénible pour tout le monde. Du coup je lis les confrères, mais je me laisse peu embarquer : parmi les mieux, il y a beaucoup d’auteurs qui se la racontent, revenus de tout sauf des hauteurs où la raréfaction de l’oxygène seule est à même de justifier la légère ivresse dont ils entendent faire leur livrée. Sinon, il y a les auteurs réalistes qui racontent ce qu’on est en droit d’attendre dans une chanson réaliste. Et puis les névropathes amoureux dans mon genre. Je n’aime pas grand monde en somme.

En fait je crois que je suis tenu en laisse par ma vie d’ici. Je n’ai plus le temps de rien, ça m’emmerde posément. Ce toupet en plus, mes « impératifs » : courir à droite à gauche pour valider seulement mes raisons de courir à droite à gauche. Les fins de mois commencent le 2, le week-end je me fais limite dessous tellement je me relâche, j’ai l’impression d’induire un capital Bonheur et d’en faire émaner cette sorte de chorégraphie épileptique, ma vie mon œuvre, alors que je crois me souvenir qu’au contraire, ça n’a qu’un sens, le promettre un peu ; le bonheur. Et je me dis que j’y penserai demain. Le con. J’ai envie de consommer, obnubilé par la valeur d’échange. Et puis des fois, je l’avoue, il m’arrive de me poser dans un bistrot, avec mes petits cahiers, et de commander un 51. Ou deux. (enfin trois quatre, maximum huit, sinon après je pars chercher des clops et « on ne le revit jamais »). Dans ces moments là je me plais effectivement à inexister. Mais ce n’est que pour moi. J’ai des envies, des milliers, sur les starting-blocks, et je n’ai rien foutu de la journée. J’ai toujours fait ce que je voulais. Depuis quinze ans en tout cas, et, à quelque délai près, toujours au moment où je voulais. Et là d’un coup je n’ai pas le temps.

Si j’arrive à arrêter de faire le zonzon la nuit, je crois que je pourrais sortir une maquette en juin prochain. Depuis l’arrivée de Céline le groupe est sur-motivé. J’ai quand même encore envie d’une vie, et m’en foutrais peut-être bien d’être heureux dans ce temps là. Je me serais au moins libéré de ça. Bon d’accord, il y a Adèle, qui fait miroiter une déception conséquente, mais je crois que je parviens sans mal à m’en tenir à ce que c’est. Des regards et des soupirs à l’enseigne de «la dérobée», pourvu que ce terme là ne soit que bestialement programmatique ; que personne ne dérobe personne ; qu’en fin de compte, tout au bout, je lui aie enlevé sa robe chaque fois qu’elle l’aura demandé. Elle me touche cependant, sa nuque, ses petites manières qui ne sont pas d’ici, le voile de son esprit braque. Mais le rideau est déjà tiré, et ça a été un battement de cil.

En fait, je bois trop et je fume trop. D’ailleurs hier l’archange Gabriel m’est apparu, et vraiment son serre-tête est beaucoup trop grand. Et puis alors d’un tape-à-l’œil…

Au fond je ne me tiens plus et je n’en demande pardon à personne (le domaine des remords de soi, des remords pour rien, a déjà bien assez de hauts dignitaires). La vérité n’exige le calme que dans le rêve humaniste, littéraire, chirurgical, et je ne l’ai jamais aperçue que dans la déflagration. Mais faut se tenir, hein, durer dignement dans l’emparement du désemparé, faut l’étouffer, il pue avec sa bouche ouverte comme un coucou qui a poussé les œufs hors du nid. Tu seras un homme mon fils, et tu crèveras là-dedans. Faut que je me dépêche, je ne voudrais pas partir en n’ayant que l’impératif de penser du bien de moi-même. Et je suis en retard.