Une bonne gueule d’Oujopo

J-6 et tout n’est pas en place loin s’en faut. Les journées se rallongent, j’ai mal à la moelle de chacun de mes os (c’est l’âge), j’ai perdu 6Kg en quinze jours et je fais des bêtises : mes excuses les plus plates à ceux qui ont reçu des enveloppes timbrées, étiquetées au recto, tamponnées au verso et surtout rafistolées au ruban adhésif parce qu’irrémédiablement trop petites pour le carton d’invitation qu’elles véhiculaient. Mais maintenant que la poussière et le bruit du chantier retombent un peu, je dois dire que ça valait le coup, parce que ça a de la gueule. Vraiment. Et je lui voyais bien une gueule à peu près comme ça à mon Oujopo. Manque évidemment surtout des toiles aux murs, mais elles arrivent aujourd’hui ; avec des œuvres de Laurent Gorris à perte de vue, ça va vraiment commencer à ressembler à quelque chose.

Trêve salutaire et très chaleureuse hier dans l’hystérie plâtrière ordinaire de ces derniers jours, j’ai été juré d’occasion, convié à ce titre avec de bien éminents confrères le temps de la “sélection” des œuvres qui participeront à l’exposition organisée à Lyon par l’association 111 des Arts. Dans le temps imparti, serré serré serré, me sont passées entre les mains et sous les yeux près de 600 œuvres originales et j’ai dû rapidement m’astreindre à être catégoriquement partial dans mes choix. Je retiens de cette laborieuse mais très agréable journée 1/ une leçon et 2/ une révélation : dans l’ordre, d’une qu’il est très difficile hors du coup de cœur de juger de la recevabilité d’une œuvre (et il n’y a ni expertise ni “connaisseurisme” qui tiennent), de deux qu’on peut encore se faire cueillir au foie par une “image” même après avoir passé toute une journée à en faire défiler des centaines. Je crois que j’ai vu de mes yeux vu quelques très grands talents.

Laurent Seror

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Du karma épatant des locaux commerciaux

Ce sera donc dans le VIème, pas très loin des Brotteaux, mais un peu à l’écart cependant, 97m² désaffectés pour l’instant mais qui ne font pas mystère d’avoir été la surface au sol d’une animalerie exotique ; il y a des pots périmés de croquettes pour poissons solubles dans un frigo périmé lui aussi (il a pris feu à peine je l’ai branché), des vivariums et des autocollants promotionnels aux vitrines, probablement pour des crocodiles de marque Lacoste – ou que sais-je. C’est assez beau en l’état et ça l’est encore plus de ce que ça promet ; mais pour être sûr, j’ai convié Laurent Gorris à visiter le lieu, voir s’il se visionnait, lui et ses œuvres, dans la vision que j’en ai. Il a dit banco et nous vernirons/inaugurerons le 16 juin prochain.

D’ici là, travaux massifs et essayage de diverses configurations canapé/table basse pour la grande salle du milieu, rodage de ma tarte à la tomate pour le buffet du 16 et les amis en rang serré qui me gardent comme ils peuvent des déconvenues… Bref l’ouvroir de l’Ouvroir, c’est du boulot, mais ça ira. Ca ira.

Laurent Seror

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Immobil/ier

J’avais prévu large, mais finalement seulement deux mois, pour trouver un local ; je me croyais tatillon à concevoir d’en visiter douze pour choisir le mien, et finalement j’en suis à quarante-quatre et à deux mois de retard sur mes pires prévisions. Ca a bien fini de m’étonner et là maintenant ça me désole au plus haut point. Je n’aurais jamais pensé consacrer près de quatre mois de ma vie à visiter des “boutiques”, à dessiner des plans, à demander des devis et à faire appel à ce que je peux avoir de bon-sens pour ne pas me faire retourner par des commerciaux malicieux. De tous les lieux que j’ai vus je n’en regrette pas un, et je me suis abondamment projeté dans des “espaces” assez classieux malencontreusement situés dans des quartiers que même les corbeaux survolent à l’envers, et dans des cagibis vétustes et très chers là où les grands fauves esthètes vont boire (ou se cachent pour mourir). Bref, j’ai au passif quatre mois de préoccupations immobilières et il est entendu que ce n’est pas du tout une vocation. J’aurais préféré passer ce temps là à peindre en blanc quatre grands murs et un grand plafond avec un petit gris N°2.

Mais bien sûr, je n’écris à nouveau ici que parce que ça a tout l’air de vouloir enfin bouger dans le bon sens. Croisage de doigts, à blanc, donc.

Laurent Seror

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Bruit blanc

Visite de l’exposition d’Isabelle Humbert-Radtke dans la très difficile Spirale de Décines – très beau lieu au demeurant, où j’ai déjà eu de belles émotions, mais dans ce cas précis peut-être trop beau ou trop investi pour l’espèce d’esthétique du délaissement qu’IHR y déploie. Du coup, l’impression que la lisibilité de l’oeuvre est sans cesse à conquérir contre des murs qui la menacent de ratures. Mais au final, l’effort de concentration est récompensé – passé le temps où les murs font sauter les yeux, elle saute enfin aux yeux la violente délicatesse de ces “drops” et “outils”.

Samedi prochain, le 16 avril à 10H30, Isabelle Humbert-Radtke sera présente sur le lieu de l’exposition et se prêtera à un face à face animé par Gaëlle Beaussier (journaliste et historienne de l’art). J’y serai, vraissemblablement en mode “groupie” comme d’habitude.

Laurent Seror

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Avancées

Pendant que j’éternise un genre de perplexité inédite, “la nuit remue” même de jour par ailleurs.

François Réau dans le numéro 2 de la revue Park, c’est l’occasion de voir son œuvre installée comme je la rêve et crûment photographiée. Mon anglais fossile ne me permet pas de saisir sans équivoque le texte accolé à l’image, donc je m’en tiens à mon impression et à un souvenir de Bram Van Velde : “Peindre, c’est chercher le visage qui n’a pas de visage”. (à voir ICI ou à télécharger ).

Isabelle Humbert-Radtke investissant la spirale de Décines, c’est la perspective de voir ce travail là dans un lieu à la mesure de son cheminement, et probablement aussi la promesse d’un parcours raisonné des états successifs de sa vision en travail. (Télécharger le carton d’invitation )

Laurent Seror

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Peau neuve

Skull - François Réau 2010

Skull - François Réau 2010

Nouveau site pour François Réau ; du noir au blanc, probablement pas pour plus de visibilité de sa ligne mais pour rappeler à l’air ses obligations comburantes. Il faudra des murs blancs donc. 

Admiration saine et joufflue pour cet homme là, qui essaye, et s’essaye à, plein de choses parce qu’il est là pour peindre plutôt que pour confirmer sa légende - au risque de se faire un petit dans le dos. En vingt ans (oui je suis vieux), j’en ai vu, mais beaucoup, se ratatiner sur leurs petites manières comme des “fougères non-viables“, juste parce qu’il y a aussi un marketing dans le marché de l’art, qui ne dit pas son nom, et qui se résume à ce chapeau : “cultive ta différence”. Lui, il essaye et se commet, et la différence fiatluxe (du verbe fiatluxer, intransitif, premier groupe) sans ordonnance.

Je vais faire un beau métier.

Laurent Seror

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Froissements

null

Où il semble se préciser que trouver un lieu qui s’appellera “galerie Oujopo” n’est pas exactement une mince affaire, et il faut de l’espace pour ne pas avoir l’air de circonscrire quoi que ce soit tout en faisant tenir ensemble assez de murs  avec assez d’oeuvres. Il y a un lieu que j’aime et qui a l’air de m’aimer, il est déjà plus beau que le vide sur lequel je construis pour l’instant ma programmation ; mais le sera-t-il quand même assez  pour les exigences dont je me suis pré-réputé en allant sciemment chercher des plasticiens dont c’est le chemin de croix ?

J’en suis là, et il ne faut pas que j’y reste – ça commence à bien faire.

Sinon, oyez oyez encore, Gérald Bortoluzzi fait étape à L’auberge des Arts de Givors. Pour les Lyonnais, je dirais que vous devez parce que vous pouvez – (mais bon au pire, session de rattrapage en mars si je signe dans les jours à venir). Télécharger le carton d’invitation en pdf  (447 ko)

Laurent Seror

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Les mains savent

Passage, trop vite, dans les murs de Gérald Bortoluzzi, après on est sorti survoler des verres en terrasse et laisser libre cours au libre cours à ma portée – j’étais fatigué. J’ai quand même eu le temps de voir que ce que je voulais voir ou revoir était caché et que ce que ne pensais pas voir me disposait moi à me chercher une cachette fissa. Je retiens l’abondance comme impression immédiate, et l’idée que les mains de cet homme là ont quelque chose de patrimonial ; ce qu’elles savent est culture.

Du coup mon rôle sera juste de laisser passer, ça devrait aller, j’ai quelques semaines devant moi pour apprendre à nourrir des canaris, et à ordonner les routines de bons soins qu’ils exigent.

Laurent Seror

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Herbiers

Découverte de l’atelier d’Isabelle Radtke, la forte impression supposée est consacrée dès mon entrée dans la cour intérieure où trois vaches sont là, intérieures elles aussi. Ensuite, un escalier, une impression anticipée du froid et après c’est comme rapetisser assez pour rentrer dans les reliefs d’une palette ; cet atelier est un herbier de peintures, un herbier d’épluchures sensibles, un herbier d’herbiers, un laboratoire sublunaire et sans chiffre, celui d’une re-généalogiste, d’une noueuse de coulures, de neigeuse sur ses pas. Du coup pour son expo dans ma maison, je me vois assigné l’état de couillon épaté (j’adore ça) et ne conçois rien de plus conséquent que de prévoir de lui filer les clés et de rester tout petit dans un coin.

Ravi de la crèche, donc, l’aspirant-galeriste.

Sinon, oyez oyez, Isabelle Radtke expose MY TRIBE IV à l’Office Fédéral de l’Environnement de Berne (Suisse) du 19 octobre au 26 novembre, et, plus proche, propose un petit apéro à son atelier le samedi 16 octobre (C’est à 40 minutes de Lyon).

Télécharger le carton d’invitation en pdf (310ko) :

Télécharger le dossier de presse en pdf (59ko) :

Laurent Seror

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Cartouche

Ca avait l’air simple, et ça le reste mais c’est par la grâce des joies profuses qui re-simplifient tout et auxquelles la démarche dispose : rencontrer des œuvres et de singulières personnes à l’ouvrage. Parce que pour le reste, c’est beaucoup de choses assez peu bouleversantes à faire tenir ensemble dans cette espèce de patate fumeuse avec un cartouche flottant, «ma petite entreprise», qu’on porte sous le bras avec des airs de seigneur télégénique précaire.

Il ressort pour l’instant de tout ça qu’autant «la peinture, ça vous tient éveillé» (Balthus), autant l’entreprenariat ça vous empêche de dormir. Dont acte.

Laurent Seror

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