Archives pour la catégorie NH=SOJ

Léon SOJAC / NH=SOJ (Extrait 25/26)

Un extrait par jour -texte ou illustration / Aujourd’hui à lire…
A paraître – (c) Le Frigo micro éditeur / mai 2016

Il se fait tard, non ? Te souviens-tu ce temps où chaque jour je pouvais te parler d’une veille où il ne m’arrivait que ce que j’étais incapable de faire arriver moi-même, d’accord, mais quand même… Où du moins chaque nuit, les chats devaient se trouver une raison inédite d’être sempiternellement gris. Je me sens périmé. Je ne me souviens pas que les quinze dernières années aient pu à quelque moment augurer cet abandon auquel ma mémoire immédiate semble les vouer. Je me souviens plutôt d’un genre italien ; méta-italien peut-être, pas sûr : j’ai tendance à ignorer ce qu’induisent de vivifiant les grumeaux des langues mortes. Je me souviens en tout cas d’un genre à parler avec les mains des autres.

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Léon SOJAC / NH=SOJ (Extrait 23/26)

Un extrait par jour -texte ou illustration / Aujourd’hui à lire…
A paraître – (c) Le Frigo micro éditeur / mai 2016

Je descends au ferry à sept heures moins vingt pour y être à l’heure pile, via un long escalier au sommet duquel je me bricole furtivement un destin d’avalanche – de là-haut, le centre ville endigue malencontreusement la mer. Il fait d’un coup salement beau, je me suis levé à quatre heures pour lire et regarder encore, et je me souviens encore que ce que je sais de la nuit, c’est de l’aube que je le tiens. Je flâne tout ce que je peux flâner, et c’est comme des envies de flirt sans objet. Je me sens inépuisable jusqu’à ce que je tourne l’angle droit qui tord le quai en «L» derrière la capitainerie, comme si d’un coup j’étais prêt à apparaître, moi, mais sorti à grand peine d’un chapeau-clac, comme un lapin débutant qui aurait le trac à son premier spectacle comme accessoire. Et je me surprends à chercher encore une trappe qui m’aurait échappé naguère, et dans laquelle elle aurait sauté naguère à pieds joints une fois pour toute.

Ensuite je me surprends à embarquer, mais ça c’est là-bas que je l’ai appris.

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Léon SOJAC / NH=SOJ (Extrait 21/26)

Un extrait par jour -texte ou illustration / Aujourd’hui à lire…
A paraître – (c) Le Frigo micro éditeur / mai 2016

L’aube, dans les quartiers que je traverse avec elle, est au bénéfice de l’hiver : voir apparaître des masses informes, du givre passé sur tout avec la nuit qu’il émiette, les cheminées et les tuyaux de la briqueterie, le dépeuplement des fin-fonds de la presque-ZAC qui verse sur la jetée EST, le froid catégorique qui ne cède rien à la lumière, pas même la couleur ; et le levant, extra-lucide, bombe les arrondis et creuse les interstices, et vraiment tout a des airs à être tracé à l’instant. Et avec des recoins et des replis encore. Des souris partout accouchent de montagnes.

Mais les Chinois disent que le fruit mûr tombe de lui-même ; mais qu’il ne tombe pas dans la bouche. Il faut vraiment se lever de bonne heure, ou ne pas dormir ici. J’ai appris ça ici.

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Léon SOJAC / NH=SOJ (Extrait 19/26)

Un extrait par jour -texte ou illustration / Aujourd’hui à lire…
A paraître – (c) Le Frigo micro éditeur / mai 2016

Ici, tous mes réveils sont des mues en lambeaux. Prométhée aussi s’est nourri de la fiente des volatiles qui lui dévoraient le foie. Avec ça, l’impression de me tirer en couinant comme une castafiore de ce jeu de créances, l’affectif, cette économie délirante où la forme louée d’existence est celle qui déplace les déficits.

Je sais qui tourne la clé des horloges et rend à ce qui passe la beauté des bolides, il pourrait aussi s’éprendre de l’air à l’entour, des feuilles bougées et des rares voitures bleu-gris qui passent. Je pourrais : la montée de l’indépendance, la passerelle sur le jardin du cloître, cette paix accablante d’un quartier sans commerce et sans axe, désossé, énervé si bien qu’une station balnéaire condamnée à une morte saison éternelle depuis le retrait définitif de la mer, et même ces moitiés de pluies très laides, même pas compensées par ce qu’elles étouffent des bruits de la circulation, qui tombent comme ayant part à une noirceur plus vaste, dont elles seraient les ratés, ou les expérimentations.

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