Archives pour la catégorie En rades

Au valet

Au valet

Au valet

 

Au valet

Tu te souviendras, valet, que je ne te suis
en rien quand tu renonces, nulle part si tu fuis,
que je ne suis pas toi, et ni sans volonté
à ton enseigne si c’est pour m’accommoder

des restes. Je sais encore ce qui est infect,
et que tes évidences sont toujours suspectes
s’il faut les avaler toutes. Figure de proue,
tu es mariole dedans l’ouate et les froufrous

conformes à la pacotille qui te traverse
de part en part, de ce néant que tu déverses
dans ta bouche ouverte, pensées où tu macères,

à la platitude de ta traîne de bave.
Tu te souviendras que je suis né en étrave
et qu’il nous incombe d’ouvrir en deux la mer.

Ecran

Ecran

Ecran

 

Ecran

Nous devrions, à la dérobée, traverser
la maille entre nous, comme quand le monde est plat,
sans recoin ni repli, de cornée à cornée,
un cylindre écrasé, un instant de coma

furtif volé à l’incidence continue
d’être tenant de la plus mauvaise partie
de l’existence en ce qu’elle a été fendue
en deux du moment qu’elle a croisé nos deux vies.

Nous pourrions explorer ces nitrates d’argent
répandus dans l’oeillade et tous les zézaiements,
et fixer sur l’écran nos échanges d’images :

Toi mes yeux sans doute et le grotesque plumage
de ma roue devant toi. Moi tes yeux à coup sûr
et la soie blanche aperçue dans tes échancrures.

Chien jaune

Chien jaune

Chien jaune

 

Chien jaune

Je ne me consolerai pas, chien jaune, d’avoir
poussé si fort pour te renverser et te battre,
et faire taire celui des deux dans le noir
qui annonce les gémissements et le goitre

de l’aube inepte dans le grippage inhérent
à l’existence de ce gyrophare H.S.
à la folie exocrine de constamment
comprimer l’air dessous les fusées de détresse.

J’ai sans doute les échos des coups répétés
ou bien la même rouille restée de t’entendre
grincer dans le silence hypertrophié

de t’avoir mis à l’abri de mes dérapages.
Depuis, dans la peau d’un autre couvert de cendres,
je suis toujours étendu sur le carrelage.

Ravi

Ravi

Ravi

 

Ravi

Ravi à la cause de la chose domestique –
ravalée à la crèche où je suis étranger,
c’est dans le noir que j’aime attendre ma durée,
c’est là que j’aurai mon trou. Je ferai mon chic

d’une nuit sans jour, du cache d’un gyrophare,
et d’un néon verdant tombé sur un volume
comme l’eau dans l’aquarium d’un poisson blafard.
J’irai en ondulant, la langue en amertume

dans un alcool précipité jaune parfois,
et dans l’air sous les portes. Car j’ai cassé ma pente :
ce n’était qu’un bruit de plus dans la déferlante

des mouches qui ont vu quelqu’un derrière moi.
J’ai les pieds sur terre et j’ai trouvé ma maison
dans le ventre des montres. J’en ai fait ma saison.

Siège

Siège

Siège

 

Siège

Tu vois, toi, moi je sais que tu t’apprêtes à rire,
peut-être de ces tout petits rires qu’on perce
comme des cloques pour ne pas pleurer. Ou pire :
d’un rictus, cerbère adossé à la herse

abaissée à jamais, sur ton for intérieur,
et ne laissant plus passer que le vent soumis
à la forclusion des effluves et tiédeurs
à déplacer l’air pour le très peu qu’est l’envie

d’avancer comme sur le cheval de son corps
et sous la mort dans l’âme, si ce point de vue
valide seul la beauté des météores

catapultées sur les murs partout similaires
à tes yeux crevés de n’avoir jamais voulu
sabler les rouages de ta vie circulaire.

 

 

Demain

Demain

Demain

 

Demain

Demain nous, tes mains tenant l’air exactement
Dans les infusions ténues de l’aube, allant
Dans les pliures de ce soufflet d’accordailles
Qui nous allonge d’avance dans ses entrailles

Ecrasées, demain tes mains à plat sur les poches
Restées de la nuit, pour assurer tes encoches
Dans la peau du carbone échangé à la bulle
Et aspirer le filet froid de la canule

Entre tes lèvres, demain tes mains sur ta bouche
Bleuie et raide, gercée comme un baiser touche
La phalène qui fait sa vie dessous la plèvre

Que tu perces, demain tes mains paralysées
Dans tes lèvres mortes et la lueur insufflée
Qui achève ton masque froid. Demain tes lèvres.

Sevrer

Sevrer

Sevrer

 

Sevrer

On aura quelque mal à écraser des larmes,
attendues cependant comme un matin tranquille :
de l’herbe comme des cils trempés, le vacarme
taiseux, buté, de ce dégoût indélébile

d’avoir gobé la nuit. On aura du silence.
Pour ne plus marmonner. On ira dans la morte
changer les draps encore et les froisser d’avance
avant qu’elle ne s’en aille. Elle fermera la porte

et on aura la clé. On saura comme elle traîne
quand on la verra traîner dehors – et dehors
elle n’est que trainée. Jamais plus que leur haleine,

et le temps d’un soupir. Un cri jamais si fort
qu’un sourire. Un cri des commissures des lèvres
qui reste accroché, comme attendant qu’on l’en sèvre.

Outre

Outre

Outre

 

Outre

Dans un somnambulisme agité, tributaire
d’une humeur très «bouleversable», dans l’alcool,
dans quelqu’un qui rampe, qui enroule ses nerfs
sur son doigt pour la bobine à la camisole

d’éther, dans la croix toute à la main du falot
marionnettiste, dans la générale en costume
du non-lieu, dans la serpillère saturée d’eau
sale, dans les kystes du sommeil, dans l’écume

séchée au coin des lèvres, dans les murs à fond,
les traînées d’ongles, les Q.H.S., les ronds
de chapeau, dans l’étranglement du sablier,

cet entre deux seringues collées bout à bout,
soudées, dans le long frottement du tour d’écrou
dans le cœur, mais il faut passer outre, passer.

Tanneuse

Tanneuse

Tanneuse

 

Tanneuse

Ce que dit la tanneuse en tannant, mon échine
l’entend. Elle souffle au fond de mes cervicales
les menaces de plus ; elle entasse un cheval,
puis un autre – un par jour – et attend que j’opine

comme ils piaffent d’impatience. Et c’est leur haleine
qui me sort des narines, et c’est leur sueur
que j’écoule par les yeux. De la pesanteur
à la grâce il y aurait un sourire à peine,

le temps de dire ouf. Je suis fatigué, Madame,
fatigué. Longtemps que je n’ai pas vu la mer ;
et que je ne vois que vous. Longtemps que je perds

de ma peau ; quand je ne peux jouer que mon âme ;
quand elle est si belle la fille qui m’attend ;
quand il ne peut rien m’arriver qu’un accident.

Vite

Vite

 

Vite

Parce qu’il y aura un éboulis du sens,
une coulée à flanc de pensée, dévalée
dans les pentes de la déliquescence
annoncée, parce qu’il faudra savoir surfer

ou s’enfoncer sous la surface assujettie
aux brusques tectoniques de l’effondrement,
parce que c’est déjà là, craquements, sursis
et séismes itératifs à ce moment

d’eux-mêmes où s’aggravent les failles et les fentes
de ce réseau touffu de rigoles tramées
comme pour une larme, la goutte incidente

qui le fera céder. Parce que chaque pas
laisse un trou béant maintenant, il faut monter
vite et voir le vide happer le panorama.