Archives pour la catégorie Eurêka : Barbie est folle à lier

Avant-propos

Barbie doit par contrat aller manger des Ferrero Rochers chez Régine quand soudain (dans une accélération déraisonnable de son Karma en tout cas), elle s’aperçoit qu’elle n’a pas la boite « Barbie au cocktail ». Obligée de se rabattre sur « Barbie gère un kolkhoze », elle pleure beaucoup beaucoup. Je crois que j’ai assez bien tracé les irrigations de son désarroi – LS.

Jaune

Jaune

Je l’oublie dans le jaune à l’affût, 18 heures
et même des 18 heures en rang d’oignon,
d’un jaune l’autre, un boulier pour l’apesanteur,
les humeurs d’un agrégat de bulles, au fond

j’ai la nausée d’un soir, te souviens-tu l’oubli
jaune qui comme un escalier roulant posé
à mesure juste en-dessous de cette nuit
– qui disait retiens la – espérait échapper

à la nuit par la pénombre et le glissement
dans une gangue de muqueuse, un commando
de gestes, des assauts et des déferlements

au-dessus d’un éboulis de viande. Elle disait
les fruits qu’on écrase, les cris et le noyau
insécable. Elle disait retiens le, je crachais.

Elle laisse et s’aime

Elle laisse et s’aime

Elle laisse le goût du textile, elle sème
des milliers de regards possibles, des milliers,
derrière ses grandes lunettes noires – même
l’Abyssinie ne paraît pas tant éloignée,

même un œil de mouche, elle laisse l’impression
du mouillé, du textile mouillé, du dedans-
-dehors, du devant-derrière, et cette lésion
étrangère, elle laisse une avalanche en blanc

comme on dit d’un chèque, et cette matière lisse
et douce, ses mains, ses grands panards, son échine
et tout ce blanc sous le textile, ce qui plisse

avec, qui mouille avec, qui se défroisse idem.
Elle laisse le dentifrice ouvert, «Aline»
que j’ai crié, et c’est comme ça qu’elle s’aime.

 

Sans reste

 

Sans reste

Je ne sais plus où tu es, c’est à peine si
j’ai su. Comme dit Big Jim, Ken ne bande plus.
Ken s’emmerde et boit sa soif sans reste, à demi-
-bu lui-même, à moitié nu ou alors le cul

sans reste dans un linceul – il ne faudrait pas
que tu le saches, il ne faudrait quasiment rien
pourtant pour que tu le saches – laissons cela :
il faut garder des réserves aux lendemains

qui n’auraient d’indigne qu’eux-mêmes – c’est tentant
de se rêver ailleurs, et au parti d’en rire,
la nuit aussi. Je te regarde comme un flanc

d’organes et de blablas dans un moule à tarte
de regrets, qui déborde. Regarde toi jouir,
il faut que tu te reprennes, il faut que je parte.

Ce rêve d’un grand désert blanc…

Ce rêve d’un grand désert blanc

Ce rêve d’un grand désert blanc, d’un ministère
pour un appétit de vent, de sec, de nitrate,
ces marées reconduites – elle est si loin, fougère,
ressemble bien aux autres, quand même elle éclate

en volutes périclitées, et c’est assez
qu’elle ressemble, et c’est peu qu’elle éclate si
c’est pour empirer la pénombre sans pousser
l’empire de la nuit sur nous – ce rêve, si

quelqu’un rêve quelqu’un sans en rire, et sans quoi
«fenêtre» est une idée de con finalement,
ce rêve c’est la cendre et quelque chose doit

brûler. J’ai de plus en plus souvent la visite
de la petite fille aux allumettes dans
des envies d’à-dada, et le feu s’étend vite.

 

Muette

 

Muette

Elle est muette, parfois, oui, on peut la voir
signer un peu du vent comme une manche à air,
et pour la vie qu’on lui a faite, l’entonnoir
à mélopées, et sinon rien. Dans une serre,

où elle se fait pousser, et une figure,
et les regrets d’un champ – des envies à maudire
(oui, mais quelle orchidée n’a tenté l’aventure
de l’imitation sans avoir à circonscrire

les assauts de ces tout petits papillons or ?),
dans cette serre, elle parle à quelqu’un qui dort
sans respirer ; qui lui ressemble trait pour

trait, d’ailleurs elle parle comme à une sœur
jumelle, qui en tout la devance d’une heure,
depuis toujours. Et qui se tait depuis toujours.

Ca y est

Ça y est

Ça y est, plus de givre aux vitres, ça y est
au bout de l’index rien, pas de trace, rien,
que l’air, et encore sous des doigts aériens,
des griffures réciproques. Et toi désormais,

toi aussi digitale, toi aussi du vent
dans des idées de feuillages secs, et encore…
J’ai mangé la forêt, je crois. La nuit tu dors
derrière tous les murs et je suis transparent.

La nuit s’il le faut je me tords, et s’il le faut
je te tue, je t’étouffe et je sue l’albédo
de la lune s’il le faut. Ah ! Bordel ! Bordel,

encore un effort ! Encore un peu les ruelles
et les ombres portées droit devant, et les ombres
et tes yeux partout , ton regard noir où je sombre.

Eperdu

Éperdu

Éperdu, ce mot là a été façonné
pour contrarier le verbe perdre, car en somme
rien n’est perdu et tout semble s’y dévider
indéfiniment – de la bobine économe

du verbe, j’entends. Il faudrait mourir un peu,
une mort légère et brève comme par exemple
s’ouvrir la poitrine en deux (si c’est là le temple),
s’arracher les côtes, s’y enfoncer un pieu,

mais un instant ; pas plus, et sans effort surtout :
une certaine passivité trouvera
à s’assortir à cette espèce de grand flou

tremblé : un désespoir sans objet implorable,
et sans silence-étalon ; on fait un peu ça
quand on craque ses phalanges sous une table.

Deux nuits

Deux nuits

Deux nuits d’huître et d’alcool, de danse et la petite
blonde jolie comme un bruissement de fontaine,
aussi peu préhensile – un peu comme une suite
qui veut qu’elle s’en aille et reprend son haleine

sur mes lèvres. Elle repart tout à l’heure. Deux nuits
à subtiliser ses mains à l’air, et ses yeux ;
et la certitude insulaire et à demi-
-folle de chaque fois les mériter un peu.

Elle part et pour le reste je ne prévois rien.
L’optimisme me paraît en la circonstance
une présence à trop bon compte, néanmoins

je déplie pour demain du jour et la buée
dans un verre – et les guillemets de l’innocence :
facile avec peut-être dans sa voix cassée.

Et puis…

Et puis…

Je l’ai tournée dans une bouche, et à l’instant
même de cette bouche dans la mienne, autour,
dans mon oreille et dans mes yeux, dans le bruit sourd
de cette tête rejetée dans les élans

qui jettent les têtes dans les bruits sourds et mats.
Elle avait un vertige de nuque, l’idée
adultère d’un bouquet de boutons fanés,
la panmixie aux lèvres, méduse écarlate,

elle avait la peau froide comme un verre d’eau.
je l’ai bue d’un trait et, à l’instant de ce trait,
su que j’aurais soif encore et que j’aurais beau

jeu de boire. Et puis je l’ai tournée vers moi :
son visage est une chaude et profonde plaie
ouverte. J’y enfouie ma figure parfois.