Archives mensuelles : septembre 2015

SOD – cahier 67

SOD - cahier 67

SOD – cahier 67

Projet qui me tient à cœur depuis des lustres, empêché longtemps par des promesses à tenir et le rang sur l’eau de plein de gens sans parole à valoriser, les microéditions du Frigo voient le jour ce mois-ci ; modestement, résolument sans moyen, il s’agira de produire petitement des petits livres, des tout petits livres… des cahiers.

Le cahier 67 de SOD inaugure la série. SOD est un faux journal, qui sur trois ans, en déroulant des situations idiotes, devrait accumuler toute une bien dérisoire histoire à l’eau de rose. Imprimé sur papier dessin 125g/m² et illustré de douze aquarelles, il y est vaguement question d’un certain Monsieur Sojac qui n’avait jamais eu de bonheur avec ses chèvres, ou quelque chose comme ça.

Également disponible tous les dimanches, sur le marché de la création, stand 414.

Extrait 1

Samedi 14 janvier 1995

J’ai rêvé que je noyais une portée de chatons, c’était strident, free jazz, poisseux, dégueulasse. Avec moi, une jeune femme avec qui j’ai vécu il y a longtemps, et dont même là maintenant j’ai un mal fou à me remémorer nettement les traits. Dans mon rêve ce n’était guère plus précis, sinon l’impression de sa présence, comme une terrine de légumes froide. De cette époque je n’ai gardé qu’un portrait aquarellé d’un jour où elle avait daigné poser, mais il est peu ressemblant. Je me souviens qu’elle était très gentille. C’est tout.

Tilda s’évanouissait souvent, surtout les soirs quand nous étions seuls ; ou alors dans sa famille. Et puis il y a eu cette fois là au restaurant : c’était un midi, nous étions nombreux à notre table, et les autres nombreux aussi à l’entour, agités et froufroutant fort, elle était assise en face de moi, et soudain m’appelle en chuchotant, «Léon, Léon» comme ça avec un regard de noeud-noeud et en poussant son assiette et la nappe vers moi, je ne percute pas tout à fait mais me lève, fais le tour de la longue table en mâchonnant des jurons, quand je l’atteins elle est déjà tournée vers moi, déjà effondrée dedans mais le corps tient bon jusqu’à ce que je m’en empare, et là s’affale comme un empilement besogneux d’organes, ses bras sur mes épaules, un drôle de soupir, grossier, d’aise grossière, j’empoigne ses fesses et jette son bassin sur le mien pour la porter ailleurs, loin, je ne sais pas pourquoi, et pendant que je l’emporte en disant héhohéhohéhohého et qu’elle soubresaute dans de petits désordres électriques, une sensation du très chaud sur mon ventre se répand par capillarité, me prends les hanches, les cuisses, et ruisselle entre mes jambes ; elle nous pisse dessus. Un gros gros pipi.

Notre départ en catimini, quand elle a pu retrouver ses esprits et découvrir sa gêne, le regard des gens, ceux-là qui étaient avec nous et qui ont facilité notre départ furtif, notre solitude et notre mutisme, ceux attablés et ceux servant dans le restaurant, et puis ceux de la rue jusqu’à la voiture, son regard à elle sur elle quand nous avons été seuls, tout ça oui, bon an mal an, mais oui : main dans la main, droits comme des I, ensemble. Par contre je n’ai jamais pu la convaincre qu’elle ne m’avait pas souillé, que je ne comprenais pas qu’elle l’imaginât un seul instant ; qu’il ne s’était précisément rien joué pour moi, rien. Et je n’ai jamais encaissé (toujours pas) que cette seule honte là fut restée, et qu’elle eut comme l’air de m’en vouloir longtemps. Alors que son urine n’avait jamais eu qu’une importance, fonder de la tendresse et peut-être le commencement du verbe chérir, en en retrouvant l’odeur et quelque reste sur mes lèvres dans son sexe.

Extrait 2

Sod – cahier 67 – extrait from Léon Sojac on Vimeo.

Expo #1 au 38

Expo #1 au 38

Expo #1 au 38

ITINERAIRE D’UNE MENAGERE DE MOINS DE CINQUANTE ANS
à partir du 16 septembre 2015 à l’atelier, 38 rue des Chartreux Lyon 1er/
mercredis samedis et dimanches de 14h00 à 19h00 sur rendez-vous/

http://www.artmajeur.com/fr/artist/le-frigo-gonin-sojac/collection/actualite/1597225/artwork/expo-1-au-38/8687110