Samedi 12 aout 1995

Sojac
Con de base.

 

En rentrant hier de chez Nénesse, où j’ai maintenant, en plus de mon rond de serviette, mon quart badoit qui m’attend, j’ai appelé Céline. Je suis tombé sur Léna, c’était touchant, personne ne s’attendait à l’autre ; elle a éludé ce qu’elle aurait pu avoir à me dire de débile de ses vacances, elle a éludé ma débilité en fait, mais elle m’a dit «Bisou Léon» avant de me passer sa sœur. Ca m’a fait plaisir. Ensuite ça a été plus compliqué :
– Tu t’ennuies avec moi Léon ?
– Pourquoi tu demandes ça ? C’est parce que je ne sais pas quoi faire de moi ces temps ?
– Oh… Ok, en fait tu t’ennuies avec toi, tu ne sais pas ce que tu veux. Tu sais, moi je ne sais rien faire avec ça.
– C’est quelque chose que j’ai bien compris. Comme j’ai compris que ce que tu veux toi va finir par compter beaucoup plus que ce que je veux moi. Mais depuis que je te connais tu parles sans te prononcer.
– Hé ho, je ne t’ai rien demandé, moi.
– Ah bon ?
– Ah bon, oui, on peut se rappeler quand tu seras moins con.

C’est fait. Je ne serai jamais moins con. J’ai tout essayé.

Pendant des années j’ai lu, la plupart du temps au dessus de mon cul, j’ai lu tout Bernanos, tout Shakespeare, tout Dostoïevski – et lui d’ailleurs je le relis au fur et à mesure que Markowicz le retraduit, c’est dire comme j’ai été assidu à être moins con. Mais quand on est con on est con. J’ai échoué à comprendre quelques livres de Foucault au-delà des chapitres 6 où il monte en puissance, et je n’ai pas tenu deux lignes avant de me diagnostiquer con de base en ouvrant Hegel ou Lacan. Je suis un con qui aime les gens intelligents et qui ne devrait pas y prétendre. Céline est belle et intelligente, c’est le moment ou jamais de ne prétendre à rien, c’est le moment d’être heureux de séduire la bonne. Je n’ai pas les moyens de supposer que ce qui arrive est bien, et que ce qui est bien arrive. Il est là le merdier : elle est exceptionnelle. Me reste quoi à moi ? La tristesse ? Ok, alors je vais la choyer comme un bébé ma tristesse, et quand elle sera grande  elle pourra prendre sa liberté.

Je crois aussi que c’est la première personne qui me respecte. Je ne parle pas de ce genre de respect de l’animal dont la corrida se fait tout un gargarisme, respect de faux-monnayeurs, une manière d’instrumentaliser davantage l’animal en ne respectant que ce qu’on attend de lui, au détriment de qu’il est en droit d’attendre pour lui-même : Vivre. Au moins ne pas souffrir.

En fait je me cède et je m’ennuie depuis toujours.

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