Jeudi 3 août 1995

Sojac
Je m’en remets à Macloud (évidemment).

 

 

Un peu martiale la vie que je mène, j’enchaîne les automatismes, et c’est l’été et c’est balnéaire, mais je ne me baigne que la nuit et quasiment que pour me laver de tout. Mes souvenirs les plus récents, même ceux qui pourraient ré-évoluer tendrement en mièvre nostalgie, sont tous nimbés de cette amertume des nigauds qui ont cru mordicus être heureux à l’instant T – il n’y a pas d’instant T dans le déploiement et le ré-enroulage d’une langue de belle-mère non plus. Alors POUET, je me rêve un présent et je vis pour me le faire.

Sinon, j’ai envie de vendre le matériel studio que j’ai accumulé et dont de toute façon je me sers comme un nigaud d’élevage. Là j’ai un magnétophone à bande capricieux mais sur-dimensionné avec, pour faire court, un trou derrière pour le casque, et un trou devant pour ma guitare de Jacky (cémoikilélé). Tout le reste est pour le monitoring, quand je ne sais pas mixer et que je ne saurai jamais. Et puis quand même trois pédales costaudes et sommaires dans la chaine laquelle se verse dans un ampli-jouet, et deux micros dont déjà un de trop (c’est emmerdant en fin de compte les statiques, on ne peut pas gargouiller pendant les prises). Ca me prend à 6H00 le matin quand je touille mon café, j’allume le sminfin, j’insère mon jack (t’es rien qu’INPUT, je dis, parce qu’à 6H00 du matin c’est important de faire encore un peu barrage à la réinvolture) et je joue. Mal, mais je suis têtu. Je repense à à ces années perdues en tuning, à faire le merdeux de tatillon sur le son et à entraver que dalle à à peu près que dalle, et je me souviens que Félix le chat a quitté depuis bien longtemps le bord de la falaise. Parce que ce n’est pas si mal de «composer» avec les doigts, ça laisse la musique à la hauteur du ventre.

Puis j’en ai un peu mare de ne faire sonner que mon espèce trébuchante.

Je travaille trop pour travailler bien. Le seul intérêt de ce rythme c’est qu’il centrifuge les pensées et n’en valide que la lourdeur efficace, un genre de kit de survie, le « bon stress », des ordres aboyés dedans ; l’aboie lui-même, et les rares moments d’attente nous laissent désemparés. Je peins, je frotte, je coupe, je poncee, donc je suis (être c’est être perclus, Wittgenstein est une feignasse, oui). Le peu de recul que j’ai in situ le loisir de prendre ne me permet que de me résoudre à la mesure exacte de ma perte : je me donne tout à ce que je fais, et me contente vachement qu’on ne me le demande pas. Je suis fiable pour moi, éminemment remplaçable pour les autres, j’ai fait ce que j’ai pu pour en arriver là. Ca roule.
Reste une odeur de sainteté, et je m’en remets à Macloud (évidemment)…

OK, je n’irai pas au ciel, mais la terre est fertile. En délicatesse, c’est vrai, pas le temps de vivre autrement mon temps, c’est vrai mais ce soir et pour le week-end je vois Céline, en tête à tête chez elle (les soeurettes reviennent dimanche soir). Je pars avec l’envie de sa voix qui flute quand on est dans le noir et qui flûte tout ensuite, je pars surtout avec le projet conséquent de tenir ses doigts dans les miens, de reconstituer le puzzle de ses traits dont je me suis fait une hantise de l’épars.  Je suis probablement assez pudique encore pour serrer le mors du grand cheval fantasmagorique qui sent l’écurie à des lieux d’y être, et se la promet d’avance.  Je suis probablement bien mordu aussi.

Le bonheur j’y penserai demain.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

code