Archives mensuelles : février 2015

Lundi 19 juin 1995

Sojac
Les petits plats dans les grands.

 

Hier soir j’ai dîné avec Mouche. J’ai dû insister, elle n’était pas à priori disponible et moi je n’étais pas censé l’être pendant dix jour, il «fallait qu’on se parle» ça lui a paru suspect, mais heureusement j’avais un autre argument, consistant celui là : le 18 juin c’est spécial, tous les ans je rajoute une nouille au collier de sa mère la pute ma vie mon œuvre. 30 ans hier. Je lui ai dit que j’allais peut-être partir finalement, elle m’a demandé où, j’ai dit Kyoto, elle a dit ah ah, j’ai dit hé, notre relation est un vieux modèle, il faut faire chauffer le bouzin pour le démarrage en côte d’une si grande décision. Elle a soupiré :
– LéonLéonLéon, tu crois que tu peux rattraper un coup comme ça ?
– Rattraper non, mais je me dis que je lui dois des excuses à cette petite.
– Tu lui dois surtout de lui foutre la paix à tout jamais. Par contre tu devrais partir quand même. Mais ailleurs. Partir loin et tout court un moment.
[ Didascalie : un temps. Mouche congédie le choeur antique d’un geste de la main, qui aussi bien conviendrait pour accélérer le séchage de son verni à ongle. Sojac se met à quatre pattes et roule une pelle (la pelle du 18 juin) par surprise au souffleur. A l’arrière plan, on devine qu’une multitude d’hommes en armes est en train d’embarquer dans un immense cheval en bois et pourtant on est assez loin d’EuroDisney ].
– Mais dis moi, Mouche, ce n’est pas Sénèque qui a dit quelque chose comme : il n’est pas de vent favorable à celui qui ne sait où aller ?
– Possible. Mais je te rappelle que ce type là s’habillait en jupe. Et surtout que pour celui qui est paumé comme toi, tous les vents sont bons à prendre
– oui oui… Pas sûr.

J’avais fait livrer des pizzas en cyclomoteur et je remplissais nos verres de blanc directement au kubi posé sur la table, c’est dire comme j’avais mis les petits plats dans les grands ; en fait je garde l’idée des célébrations pour quand je serai mort si ça vient à l’esprit de quelqu’un. Heureusement en dessert elle avait apporté une pathétique tarte aux bougies, marron d’aspect et de principe, qu’elle avait manufacturée elle même. Ca allait que ce n’était pas vraiment pour manger ; que c’était seulement pour postillonner dessus.  J’ai postillonné dessus. Mais d’une certaine manière la révélation de la soirée, c’est que l’amitié est injuste, qu’il n’y a rien à en attendre, rien à en faire, en tout cas moins que de l’amour jaloux, que de la solitude ou de la haine ; qu’il n’y a surtout rien de précieux à en dire. Il faut seulement consentir au nécessaire, et en l’occurrence je n’ai qu’elle. Mouche est la seule personne de ma vie surpeuplée. Faut-il vraiment que je m’excuse de ça ?

Quand elle est partie j’ai cherché mon Tamtam un moment dans mon merdier, j’ai fini par le trouver dans le sac à dos prévu pour Kyoto, il avait encore un peu de batterie alors je l’ai glissé dans ma poche et j’ai dit aux chiens (je les ai récupérés hier) qu’on allait faire un tour en attrapant les laisses-au-cas-où. Alors bien sûr ça a été une sacré nouba cette nouvelle, tout le monde s’est mis à faire des fêtes à tout le monde, à se mordre à moitié pour de faux et à sauter partout. Je me suis fait une vie où l’affection crétine est primordiale, une vie avec trois gros chiens gentils et beaux. On a marché sur la voie ferrée, on a fait pipi un peu partout, on a joué à la balle de tennis, à la bagarre, on a trouvé un corbeau mort et j’ai empêché les trois autres de se rouler dessus en gueulant plus qu’il aurait fallu, et puis au retour j’ai tapé à deux pouces un message-texte : «j’aimerais bien te revoir, figure-toi».

Oui oui, Liouba a aussi un Tamtam. Enfin un machin compatible en tout cas.

Vendredi 16 juin 1995

Sojac
Un tour à la campagne.

J’aurais dû me réveiller à Kyoto. J’ai vraiment été un précieux concours aux circonstances qui m’ont rendu là, estomaqué plus que piteux, à la fois révélé à moi-même et témoin gênant d’un peu tout : je suis super nul. Et mon aller-retour vers la joie, l’avion l’a commencé et le finira sans moi.

Hier pourtant la journée s’annonçait seulement trop pleine. Déjà parce que j’ai mal calculé le temps du tour à la campagne pour confier mes toutous chéris, pas prévu non plus l’invraisemblable slow-motion de  nos adieux déchirants, du coup j’ai dû faire en rentrant l’impasse sur le passage à carrefour alors que je voulais m’acheter une valise digne de ce nom (et un bermuda kaki, des jodhpurs, une machette, un casque coloniale et un guide de conversations courantes que j’aurais appris par cœur dans l’avion), j’ai bourré le best-off de ma garde-robe de kéké dans un immense sac à dos poussiéreux sentant l’humidité et prosélyte de l’anaérobie de ma cave. Et puis il a été pile l’heure de sauter sous la douche, de me nuer de sent-bon et d’un accoutrement flottant en lin pas cher, et zou, 20h00 je suis arrivé en courant presque  à la terrasse du resto frimeur où Barbalala et moi avions convenu de nous parler, une bonne fois ou à tout jamais je ne sais plus, parce que soit disant qu’on se parle et que ça va mieux, soit disant que la dépression n’est que la surbrillance d’un déni de la circulation.

J’étais le premier pour une fois, du coup comme je n’aime pas attendre j’en ai profité,  je suis allé faire pipi, par hasard que j’avais envie de, et ai par le fait dû entrer à l’intérieur et découvrir un gigantesque hymne aux soirées disco de la fin des années 70, à l’heure de gloire du quartier du palais, délabré à la masse d’arme du démodage, avec des wc au second étage en inox bleuté, une moquette suprématiste jaunie et dentelée aux mégots, des grands et des petits ronds oranges sur les murs, le bar, la pompe à bière, et surtout personne sinon le fantôme de Mike Brandt, celui là même dont « ma femme ne me parle jamais » (Désolé, il faut avoir fait ses humanités devant un poste en noir et blanc et seulement deux chaines pour entendre l’allusion). Et tout de suite, j’ai eu envie de m’acheter un caméscope, pour filmer ça : un regard qui bouge dans une friche de design, un non-droit du décoratif.

En revenant en terrasse, surprise : Hulahup pas de barbatruc, mais Liouba, sa cousine, juste éblouissante mais pâle et le souffle court, et qui me confirme qu’il y a un os comme je m’approche d’elle en mode bellâtre de classe Z :
– Ah tu es là… Barb’ a fait une connerie, c’est elle qui m’envoie…
– ah oui, ça c’est une vraie connerie.
– Elle a avalé des trucs, elle est à l’hosto.
Là bien sûr mon menton se met à peser 2,5 tonnes, mais je ne me rends pas exactement compte de ce qu’elle est en train de me dire, de ce que ça pourrait impliquer, je me rends juste compte qu’il n’est plus temps du tout d’arborer mes ambitions de Valmont du pauvre, que c’est même le moment ou jamais d’adhérer au diktat lénifiant du «il faut qu’on se parle». Alors j’ai commencé à bredouillé une soupe tiédasse de lettres, puis laissé passer un banc d’anges nombreux et lents en regardant ailleurs pour me donner du champ et réfléchir à la manière de rattraper ma joie initiale de la voir. Mais c’était idiot, mes regards subreptices m’ont vite assuré qu’il n’y avait rien à rattraper. En fait, toute essoufflée et pâlichonne qu’elle était, elle ne s’est jamais des-ourlée d’une banane contagieuse, exemplaire quant à l’usage que j’aurais dû avoir de mes efforts de mortification.
– Non mais ne t’inquiète pas, m’a-t-elle dit enfin, elle va bien. Elle adore les lavements et elle est immortelle.
– Ah bon ?
– Mais oui, elle s’est déjà suicidée plein de fois et elle n’est jamais morte. En fait elle se suicide chaque fois que… Enfin elle est très fleur bleue quoi…  Le contraire de moi.
Là j’ai vraiment levé le nez, Liouba était, comment dire ? Radieuse…C’est ça, elle irradiait quelque chose de la lumière versée sur elle après une nuit noire, la grâce peut-être, quelque chose de l’endroit où elle en était touchée, mais éclatée en coroles, en pétales sol/air, évaporée dans des gouttelettes pour le givre. Traumatisante. Je lui ai proposé un drink, mais elle a préféré un diabolo-fraise.

C’est le téléphone qui m’a réveillé en début d’après-midi tout à l’heure, je l’aurais bien laissé sonner jusqu’à ce que mort s’ensuive, mais Liouba était déjà debout, en culotte (mon dieu), en train de m’apporter le café au lit, elle a décroché en passant, a dit «ne quittez pas» et m’a tendu le combiné en tirant sur le fil torsadé. C’était Adèle, alors j’ai raccroché. Et j’ai tiré la prise du téléphone jusqu’à nouvel ordre. Un vrai con d’élevage.

Sevrer

Sevrer

Sevrer

 

Sevrer

On aura quelque mal à écraser des larmes,
attendues cependant comme un matin tranquille :
de l’herbe comme des cils trempés, le vacarme
taiseux, buté, de ce dégoût indélébile

d’avoir gobé la nuit. On aura du silence.
Pour ne plus marmonner. On ira dans la morte
changer les draps encore et les froisser d’avance
avant qu’elle ne s’en aille. Elle fermera la porte

et on aura la clé. On saura comme elle traîne
quand on la verra traîner dehors – et dehors
elle n’est que trainée. Jamais plus que leur haleine,

et le temps d’un soupir. Un cri jamais si fort
qu’un sourire. Un cri des commissures des lèvres
qui reste accroché, comme attendant qu’on l’en sèvre.

Mardi 13 juin 1995

Sojac
Mes bagages sont prêts.

 

J’ai beaucoup parlé d’un certain point de vue sans le vivre ; la panique d’une âme froide et raide comme la mienne est un moment qui se prépare et s’assure de lui-même dans des verbiages et les faux nez de la désolation, et finalement se fait connaître dans des décisions grotesques. C’est une joie réelle de ne plus rien savoir de ce qu’on fout là quand on a décidé de tout ce qui échappe. Jeudi je prends l’avion pour Kyoto ; enregistrement à 23h45, mes bagages sont prêts. A 20h00 ce même jour, je dîne avec Barbidule, elle a posé sa soirée et un ultimatum : il faut qu’on se parle (il faut beaucoup qu’on se parle pour les gens qui m’entourent). Heureusement, après j’ai trois heures de vol pour me refaire une virginité.

J’ai annulé toutes les répétitions jusqu’à nouvel ordre, tout le monde m’en veut un peu ; parce que mon départ en vacance est vécu comme mon N’ième esquive, quand c’est la seule réelle depuis une bonne décennie. Je ne comprends pas pourquoi je demeure sempiternellement débiteur de tout et de tout le monde, en ne promettant jamais rien que ma bonne gueule et le flot de sottises que je suis capable d’entendre sans broncher. Deux exceptions néanmoins : Pétrus ne m’en veut pas, lui, mais Pétrus m’aime. Céline la batteuse chauve ne m’en veut pas non plus, et ça par contre je ne me l’explique pas ; elle a beaucoup souri quand j’ai annoncé que je plantais tout pour dix jours. Elle a un très beau sourire.

Adèle est heureuse.

Ce soir, revue de paquetage des chiens, ils partent dimanche à la campagne : de quoi bouffer pour une semaine, trois couvertures propres, les colliers anti-KRR-KRR-KRR en cours de validité, la girafe qui fit coin-coin deux jours et une balle de tennis pour ma cadette, les trois tomes de l’œuvre complète de Rantanplan dans la Pléiade que l’ainé relit en ce moment (à l’échelle du chien il est plus vieux que moi. Le fait qu’il commence à « relire » en est le signe le plus… Le plus rien, c’est le seul signe de sa maturité, pour le reste il demeure juvénilement crétin. Mais je m’égare). Et pour le plus jeune, mon idiot adoré,   300 francs d’argent de poche, de la crème solaire indice maxi pour la peau de ses couilles roses, des lunettes de soleil avec leur harnais rigide à cliper sur son poitrail, sa bouée Snoopy, un tamtam pour biper son papa, et enfin des faux os à ronger deux-en-un : 1°/ Apport de gardole et de fluor pour ses dents. 2°/ Micro-dose d’antidépresseur pour ses moments de désespoirs. Avec ce merdier je n’ai plus de valise pour moi – j’en ai sûrement, mais chez un garde-meuble quelque part, et je vais devoir aller à la rencontre de l’amour avec mon cabas pour les courses. Du coup je suis d’humeur hybride, mi aventurier fougueux / mi mémère, je me sens à même d’ouvrir des voies à la machette juste pour aller marmonner qu’on a beau temps pour la saison, mais que ça fait longtemps qu’on n’avait pas eu autant de moustiques, ma bonne dame. J’ai aussi la force de déplacer des montagnes. Mais à la condition d’enlever d’abord les petits cailloux. J’ai acheté chez un marchand de conneries (tout à 1 franc) un lot de stylos billes, des colliers en plastique, des petits miroirs, des photos de sainte Lady Di, pour m’attirer les faveurs des autochtones + un appareil photo jetable pour le cas où j’aurai l’obligation de faire un cadeau somptuaire à leur chef. Je suis assez au point, je suis un baroudeur. Sinon, globalement, je m’emmerde, mais je me donne du mal : je ne voudrais pas languir, ni trépigner, donc je me suis bricolé un environnement gris. J’écoute Ligeti, c’est dire.

Pour rester dans le registre canin : Nelly ayant enchainé son week-end rock’n’roll avec un déplacement professionnel (séminaire : ces espèces de réunions de bateleurs où la logique du profit se raconte passionnément avec un vocabulaire pompeusement philosophique, et cet aplomb sans réplique qui devrait suffire pour tout argument), j’ai toujours son affreux chien beigeasse en pension. Deux bonheurs en un seul : 1°/ Mon jeune chien ne l’a ni mangé, ni sodomisé, ni compissé – ils s’entendent même plutôt bien les pépères. 2°/ On est allé faire un tour au parc à chiens. Comme je ne me sentais pas de me taper le trajet jusque là-bas à pied avec quatre zinzins quadrupèdes en laisse, dont un très con (et un autre visiblement très influençable), j’ai avancé la Passat ministérielle devant chez moi, et zou les gars, haribaribaribariba, on y croit ! Mes toutous vénérés à moi ont sauté dans le coffre à leur papa avec une allégresse idiote, mais un beau mouvement (classique mais maîtrisé. Le plus jeune a abandonné le roulé ventral dès l’âge de cinq mois), mais cette saucisse de Gaspacho (le chien de Nelly s’appelle Gaspacho) s’est mis à courir autour de la bagnole, inquiété je ne sais pas par quoi, sa vétusté, sa classe inégalable où simplement ses proportions hors d’âge, en fait on sentait qu’il ne savait pas par quel bout la prendre, et d’un coup s’est décidé : en crétin sublime, il a sauté sur le capot, s’y est assis avec précaution et a regardé autour de lui, interloqué certes, mais remuant d’abondance sa queue quand même. Et alors moi, la tronche du chien, qui vit un truc bizarre, pas désagréable mais bizarre, et qui le résume à la violence de son indécision : punaise c’était hier, mais j’en ris encore. J’ai des joies simples.

Samedi 10 juin 1995

Sojac
Le parvis de la gare.

 

Hier j’ai annulé le musette, je crois que Mouche ne m’en veut qu’autant qu’elle sait que mon inépuisable besoin de solitude du moment n’est en rien redevable de quelque état créatif précaire où j’ai pu naguère donner l’illusion de me trouver. Elle sait, elle sent, une panique ontologique à ma portée et se demande ce que je suis encore en train de gâcher.  «Tu m’emmerdes, m’a-t-elle dit, tu es filandreux ces temps au point que je ne sais pas combien de temps encore je vais faire l’effort de te reconnaître». Elle a raison bien sûr, mais dans la foulée j’ai annulé aussi ma participation au week-end «camping et rock’n’roll», mais là je n’ai déçu personne. Au contraire ça a été une aubaine pour Nelly la dingue qui passe tout à l’heure me confier son ignoble petit chien (un teckel cruel) à garder pour le week-end.

Du coup hier soir, libéré de tout, et enclin à le rester, à ne donner mon attention immédiate qu’au rien auquel je suis dédié tout, j’ai voulu retourner à «l’Ouenpo» (ouvroir d’ennui potentiel), une cantine des arcades du Palais d’été où j’ai connu mon seul émoi amoureux avéré (c’était il y a moins d’un an, un siècle de là où j’en suis), mais ces chiens d’infidèles ont revendu le fond et le nom à des investisseurs en bistroterie qui en ont fait tout un cinéma autour des Lumière (Louis et Auguste), des tartes salées et micro-ondées minutes sur un lit de mesclin en sachet, et des vins sans caractère à très cher, c’est bondé tous les soirs, hors d’atteinte le week-end, un rassemblement de seigneurs télégéniques qui se regardent et ne verraient personne. Bref, il y a de la cuisse, mais je sais d’où je viens et n’y retournerai pas. C’est vrai que ça a du bon l’irrémédiable, au moins il n’aura rien moins fallu.

En rentrant à pied, je suis passé par la gare, espérant y croiser Mouche (qui y a établi ses quartiers d’été). Elle y était, sur le grand parvis à faire ses photos – en l’occurrence, elle tournait autour d’un petit chantier protégé par des barrières métalliques et avait l’air de chercher un angle pour shooter un grand bidon très coloré, ou peut-être d’aménager le meilleur espace entre elle et son sujet, de manière à ce que le hasard prenne ses aises, les pieds d’un voyageur, un pigeon, une valise sauvage emballée : l’incident puisque c’est ça qu’elle cherche. A vrai dire elle avait aussi l’air un peu sioux, minaudant ses intentions, furtive et faufilante dans l’approche, aussi bien on pouvait imaginer qu’elle s’employait à capturer le bidon par surprise. Je me suis arrêté cinq minutes à distance, je ne voulais pas la déranger – je ne fais pas parti des incidents qu’elle souhaite quand elle bosse. Je n’étais pas seul à la regarder, en fait tout le monde était au spectacle, avec aussi les égards hautains dus aux curiosités, et j’ai pensé solidairement aux autres, mais plus tendrement : cette fille est dingue.

J’étais dans le quartier des agences de voyage, alors j’ai acheté des vols en avions et du sommeil à l’hôtel, j’ai trouvé ça furieusement moderne, on ne pense pas qu’on va voler et dormir, on n’a pas d’avenir quand on le conçoit avec un commercial, on n’a pas d’histoire ou bien c’est qu’on la prévoit comme oubli.

Outre

Outre

Outre

 

Outre

Dans un somnambulisme agité, tributaire
d’une humeur très «bouleversable», dans l’alcool,
dans quelqu’un qui rampe, qui enroule ses nerfs
sur son doigt pour la bobine à la camisole

d’éther, dans la croix toute à la main du falot
marionnettiste, dans la générale en costume
du non-lieu, dans la serpillère saturée d’eau
sale, dans les kystes du sommeil, dans l’écume

séchée au coin des lèvres, dans les murs à fond,
les traînées d’ongles, les Q.H.S., les ronds
de chapeau, dans l’étranglement du sablier,

cet entre deux seringues collées bout à bout,
soudées, dans le long frottement du tour d’écrou
dans le cœur, mais il faut passer outre, passer.