Mercredi 17 mai 1995

 

Sojac
Un peu malade

 

Un peu malade depuis hier, une crève classique d’accumulation de froid et de fatigue. L’esprit à rien et justement rien pour l’ordonner. Vaguement désirant ; mais d’un nuage d’encre dans la mer.

Le temps a passé dirait-on, je le sais parce que je vais mieux. Ca va, et en commençant à dire «ça va» , ou «c’est passé», je fais un inventaire aussi, mais avec un peu plus de compétence au plan émotionnel – je reste débordé, mais ça me fait moins, peur et mal. Je me suis astreint au rien assez longtemps, je crois que ça suffit. Et pas qu’à moi, dirait-on. Je me souviens qu’il y avait dans les comix de ma tendre enfance un «vengeur» qui s’appelait La Vision ; c’était un musculeux à la con assez art brut et all over, vert de peau et moche comme un pou, dans un justaucorps violet, cape violette, loup violet, et qui avait la faculté de se dématérialiser. Je me suis toujours demandé ce qu’il advenait de son chyme quand il était en situation d’être traversé par tout ; de ne plus se faire soutien de rien – à fortiori pas de la gravité.

Et pourquoi cet air mélancolique tout le temps ?

Bien sûr, ma vie reste pleine comme un œuf, toujours au trait, toujours en fin de partie, c’est sempiternellement mon tour de déplacer une pièce soit pour ajourer soit pour différer le danger, mais je me sens de redevenir quelqu’un dont on tombe amoureuse sans moi, fatalement, d’ailleurs je me sens assorti à cette fatalité. Par le privilège de mon idiotie qui se déploie à nouveau – de ce point de vue là, à mon avis comme pas mal de monde, je ne m’en remets à mes humeurs qu’autant qu’elles ne relèvent pas du caprice. C’est chiant les divas. Mais l’humeur c’est une matière première pour l’air qu’on a. Et de toute façon la boue est trop lourde et sècherait trop vite.

J’ai eu un message-texte d’Adèle hier soir. Elle a lâché les bords, j’espère que ça ira, elle aime quelqu’un qui l’aime, enfin, elle est plus belle que jamais, je suis assez fier de l’avoir rencontrée un peu. Heureux et inquiet pour elle, comme du temps où nous n’avions pas encore feint de nous aimer (toute cette dérive des continents pour seulement bomber une tombe).  C’est con, maintenant qu’on est débarrassé des contraintes difficiles de la mécanique des fluides, des petits donneurs d’ordres de la perversion ordinaire qui voudraient qu’on fonde une SCI à peine on est deux à se trouver l’un l’autre beaux gosses, comme gens, voilà maintenant on pourrait devenir ce que l’on est, ce que l’on a probablement toujours été l’un à l’autre : des potos. Mais non, je ne me sens plus de prendre le pli de la vivre autrement que comme un surmenage. Rest in peace, and love.

Ce soir Barbatruc me rejoint après son service, comme disait Djoni : on a tous quelque chose en nous qui rétrécit. (je ne suis pas hyper-sûr de ma citation).

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