Dimanche 14 mai 1995

 

Sojac
le coin des chansons

 

C’est la première fois depuis lurette que j’ai de bonnes sensations de mes petites chansons ; tout à coup la vingtaine d’esquisses traînantes écoutées à la file sur mon piètre magnétophone 8 pistes, machinalement d’abord, ont suscité de l’envie, du besoin d’achèvement, des idées d’autre chose ; comme c’est avancé, en temps normal, c’est à dire sans travailler par ailleurs, à ne travailler effectivement qu’à ça, j’en aurais pour trois mois pour pondre les bases d’une nouvelle maquette, d’autant que j’ai accumulé les notes, en même temps qu’un impératif d’unité – quand l’obsession est apparue clairement. Et je pense re-savoir écrire s’il s’avère qu’il le faut ; mais ça c’est difficile de l’espérer, c’est mieux qu’il ne faille pas souvent, l’écrit est bien assez sans moi une sujétion aux mythes. Je crois que j’ai d’abord été anormalement fatigué, et bon j’aurais préféré échapper à tel intitulé, mais il est plus que probable que j’écrirai plus tard dans le cartouche d’une vue éclatée de mon passé récent : «pisse tiède».

Pas seulement parce que, heureusement, hier soir anniversaire de Bec, on a dansé jusqu’à la mort. Il faisait chaud, on collait, pour se toucher fallait s’aimer ou avoir le projet de s’y mettre. Il y avait Adèle, j’ai fait hyper gaffe, même si je persiste à entendre un genre de BZZZZZ électromagnétique quand elle est dans un rayon de moins de 6 mètres. Mais il paraît que je me goure, et je le tiens pour acquis, ça m’arrange. D’abord parce que dans mon histoire alternative avec Barbalala, je ne me sens pas de lui faire agrémenter un moment de cache du gyrophare, et ce n’est pas que j’ai quelque noblesse d’âme – c’est le contraire, je n’ai même pas d’âme, j’ai un petit cœur de noeud-noeud, rose avec des coussins brodés et un chien qui bouge la tête à l’arrière… je m’égare. Et puis parce qu’on s’entend très bien, et que ça, c’est déjà cadeau ; depuis les semaines que ça dure, j’ai appris à aimer ce qui se passe au moins autant que ce que je pourrais espérer de plus. Mao s’est épris brutalement de la petite sœur de Bec et a tenté de l’intéresser à une théorie toute personnelle selon laquelle la poésie japonaise peut sauver des vies. Elle l’a pris pour un olibrius, ce qui n’est pas faux, mais sommaire ; mais bon le sommaire ça le faisait, on n’était pas là non plus pour faire du point de croix. On a dansé notre chorégraphie de Stevie Wonder, on a été globalement bon, sauf moi, mais la piste de danse était lourde et depuis hier je sens comme les signes avant-coureurs d’une sorte de turista – je me trompe probablement, mais déjà le soupçon ça affaiblit paraît-il. Toujours est-il qu’à un moment je devais attraper Lydie par les hanches, la soulever et tourner en rond pendant qu’elle aurait fait des manières de pom-pom-girl, c’était fastoche, elle pèse 50Kg toute mouillée. Sauf que j’ai un peu ripé et je l’ai plutôt jetée à plat ventre devant moi, et que dans ma hâte à l’aider à se relever (non, parce que vraiment, elle était ridicule), je lui ai administré un des meilleurs coups de boule de ma carrière, sans trop de cuir chevelu, ce qu’il faut de front sur l’arrête du nez – plus fort, je la séchais. Et là, tout le monde a bien ri ; il n’y a pas à dire, on est les meilleurs. Parce qu’on est une équipe.

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