Lundi 8 mai 1995

 

Sojac
la cuisine chez Mao

 

Samedi soirée chez Mao, entre hommes (Dada et Pétrus avaient une sortie de filles). Il y avait l’ami Marc (l’homme de sa vie de Lydie) avec nous. C’est quelqu’un que j’aime bien, mais que le vin dispose aux petits mouillages, aux lagons gris. Donc pas de zonzoneries d’abord, c’est à peine si on a fait de la géographie projective avec nos diverses flaques de blanc sur la toile cirée. Marc, quand il ne tient pas son bistrot Fashion, est compositeur pour la pub petit budget, la com’, les jeux vidéo, parfois pour les films où les réparateurs de photocopieurs ont des bites instockables et des morgues de sales cons. Pour en arriver là, il a fait des études évidemment, le cursus type : conservatoire-IRCAM-dépression nerveuse. Surtout il est ingénieur du son, a un studio d’enregistrement d’esthète dans la cave de son bar, aime beaucoup nos chansons. Il est fou de Lydie et je crois que ça compte beaucoup dans son intérêt pour nous. Mais on a parlé d’autre chose.

On a refait le monde tranquillement (un monde moins cruel, plus juste, poétisé à mort, et où les oranges s’éplucheraient toutes seules) en mangeant avec les doigts des beignets de courgette, des beignets de calmar, des beignets de crevette, des beignets de pomme, des beignets d’ananas. Mao est un cuisinier d’avant-garde qui n’œuvre qu’en séries obsessionnelles et jusqu’à épuisement du motif ; je garde un souvenir étincelant de sa période nouilliste et aujourd’hui je le sens à même de dépasser rapidement les enjeux d’un beignetisme académique, d’aller au beignet de potage, au beignet d’écureuil empaillé, au beignet de cheval sur pied. Je crois en lui.

Ensuite on a raccompagné Marc chez lui à pied, pas loin. Il vit chez sa grand-mère. En revenant, Mao avait bien assez rongé son frein, alors on a réaménagé le message floral d’un rond-point urbain, lequel à la base signalait la « fête des mères dimanche 28 mai » avec des fleurs blanches sur fond de fleurs violettes. C’est super astucieux la typographie d’un rond-point, les fleurs se donnent en bouquets denses et monochromes dans des pots plastiques carrés et encastrés dans une trame fixe en métal. Pour changer le message, il suffit de déplacer les pots comme des points amovibles de tapisserie. Ca nous a pris deux heure à peu près (C’est un peu long, mais il fallait se planquer dès qu’on voyait des phares), pliés en deux mais sans rigoler plus que ça, nous avons obtenu « elle m’a fini vite et mal » en deux lignes, avec des jours bien sûr. Mais lisible. C’était assez beau, de nuit.

Ce bien peu de poésie nous a laissés épuisés ; et passablement crottés. Et ça, c’est une révélation.

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