Vendredi 5 mai 1995

 

Sojac
Un enterrement de première classe

 

Pas bu depuis mercredi, depuis la soirée et la nuit avec Barbidule ; c’était doux et débile comme un petit déjeuner à l’hôtel. Elle est ultra mimi, une Barbie finaude, l’esprit braque et le pantalon rose, et ça commence plutôt bien cette affaire, des petits post-it rigolos cachés dans mon sac et mes poches pour garder la bulle de pression entre les deux traits, cette sorte de calamité qui me colle aux gestes quand je m’assigne des tâches à la mesure de mon environnement, et ça va tordu comme tout, bancal, névropathe, je merdoie un peu tout par passion de la mésestime. Heureusement qu’elle en veut, et qu’elle agit donc souvent pour deux… D’ailleurs j’aime bien. Je crois que je vais me laisser en roue libre quelques temps.

Ceci dit je crois qu’au fond en ce moment je ne suis pas non plus  capable de m’embarquer où que ce soit. Alors le non-lieu de l’érotisme dont ça semble être l’issue la plus crédible… Au mieux je suis un engrais pour la terre, au pire je me plains des moissons ou du vent s’il daigne. Ca passera, c’est probablement lié au sevrage, à la fatigue du manque de sommeil corollaire. Et sous peu je sais que je serai à nouveau essentiellement étonné de constater que j’ai un crâne au-dessus de l’étendue de peau qui est mon être au monde, uh uh uh. J’adore ce qui se passe.

Tout ce passe comme ça d’ailleurs en ce moment.  Je sors avec des noceurs conséquents, je pose mes mains sur des hanches, parle comme ceux qui n’ont que la glaire pour se perpétrer, troquets, contre allées, le canapé de Mao, messages-textes, running gags, à oilpé sur le parking du a wizard a true star à trois heure du matin, un seul goût à la bouche, le vitel-fraise mêlé à la sueur sèche de la fièvre qui point jusque sur mes lèvres (je brûle dedans, je dois y suinter, mais je reste sec et inodore – collant). Bref, je n’écris plus et vis ce qu’on vit quand on n’écrit pas ; ma morale est celle du clan que je me suis fait, le clan est pensé dans ma bouche, et c’est un enterrement de première classe pour ma langue. Va leur dire toi, sans cracher dans la soupe.

Sinon ouvert le carton arbricide, celui où j’ai tassé à mort mes blocs de toute la stérile époque îlienne ; 23 carnets qui n’ont pas produit un texte, faute de temps, faute de tout, et que je tenais jusqu’à hier soir pour une loghorrée méchante et plaintive, entrecoupée de transes cocaïnées et d’affaissement de viande saoule – ce que c’est d’ailleurs, essentiellement. Mais bon, on va dire que j’ai eu saturne dans la Vème maison du capricorne pendant cinq ans, parce que j’aime bien avoir un point de vue crânement scientifique. J’en ai fait deux piles bancales par terre à coté de mon bureau, et commencé à les feuilleter en diagonale et à tâcher d’engendrer des collisions d’images, d’impressions, et me suis rendu compte qu’à défaut de travailler, j’ai été travaillé comme un bout de bois pendant que je me taisais. Je vais recopier au propre le recopiable (putain j’en ai pour des mois), et je sais déjà pouvoir tirer une ou deux chansons de cet écrémage là, alors que je ne l’ai pas feuilleté une heure. Tendresse pour ma main fourbue.

Et la question du «qu’écrire ?» me paraît valoir un entrechat bâclé, contre une heure à la barre.

 

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