Samedi 29 avril 1995

 

Sojac
Intermarché

 

J’ai zappé la répétition jeudi, je suis tellement «pourri» en ce moment que personne ne m’a demandé de comptes, même pas Dada qui est pourtant ma mère de substitution préférée. Là, j’étais juste fatigué, et pas eu envie que la fatigue ordonne trop mes humeurs à sa traîne. J’ai des envies de joie plutôt, de tour du monde sans toucher l’élastique, d’attaquer la rade de Toulon avec un pédalo. La fatigue me tirait pas les pieds, je lui ai mis la misère : volets baissés dès 17h00 une camomille, Radio Ethiopia, Easter, Horses, et un bout de waves, en tripotant ma bibliothèque sans conviction, la tête à me perdre, à prendre un avion pour toujours, bon un petit peu de vin blanc, hein, mais à 4 heures, hop, un suppo et au lit. Je suis lessivé. J’ai rêvé d’une chambre d’hôtel, d’un harmonica en nerfs et en peau, du Japon, et de Rodez (France), à un moment il y avait Tristan et Iseut qui se faisaient une soirée plateau-télé – difficile à interpréter, sauf à confirmer que décidément je suis hyper romantique comme gars. Ca me perdra. Enfin, j’espère. Je me suis fait pote avec Pastor, le type qui est assis (c’est son job, je crois) devant l’épicerie avec sa chienne très douce, et qui boit des canons en nous engueulant et nous insultant en créole. Je lui ai payé une mousse fraîche, et l’épicier m’a prêté un tire-bouchon et un gobelet plastique pour que je me serve un peu de ce somptueux vin blanc à 3 balles que j’achète chez lui. On a trinqué, métal contre plastique, ça a fait zbong, et maintenant Pastor et moi c’est à la vie à la mort, et, non, je ne suis plus obligé d’aller me faire enculer, c’est acquis. Ca fait du bien, c’était contraignant quand même tous les jours – surtout pour me faire livrer le gravier.

Hier, guère mieux, j’ai fait mon possible pour tenir mon rang avec le groupe, notre batteuse est géniale, mais j’ai du mal à en être sûr ; je n’arrive pas à la regarder. Même à la dérobée. Ca m’échappe un peu mais elle me met mal à l’aise. Ensuite alléluia, Intermarché en fin d’après-midi, m’intégrer à mon espèce, il faudra que je m’achète un survêtement pour la prochaine fois. J’ai trouvé des cadeaux pour les cinq ans de ma nièce (des tongs marguerites, des lunettes de star et une petite panoplie d’étudiante en psycho pour sa Barbie) et j’ai obtenu à l’arrachée un peu plus que le bonjour et l’au revoir de cette jolie caissière très blonde de la timidité rougissante de laquelle je suis timidement amoureux rougissant depuis… pfou… une bonne semaine. Quand j’ai eu fini de décompacter mon caddie sur le tapis de caisse, et pour m’occuper les mains pendant que ses yeux et les miens azimutaient leurs races, je me suis confectionné un petit badge comme le sien à peu près, avec un bout de papier plié en deux, la moitié vierge enfilée dans la poche de ma chemise, et « Léon – client » exhibé en capitales pour répondre à son « Machine – Hôtesse de caisse ». Et donc révélation : le sourire crétin est extrêmement contagieux ; et pérenne.

Le soir, rien de spécial, on a bossé chez moi une chorégraphie pour l’anniversaire de Bec à la mi-mai. Lydie à la baguette, les filles en front-line, Mao en soliste et moi je ne sais pas, je ne sais pas, je ne sais pas. Pour la musique on a choisi le « signed sealed delivered » de Stevie Wonder, la grande classe. Mao voulait un truc plus avant-gardiste mais notre simili danse des canards sur  » Mekanïk Destruktïw Kommandöh », ça le faisait moyen. Sinon, Nelly m’a embrassé sur les dents de devant, mais je crois qu’elle ne l’a pas fait exprès.

Rien à voir, mes mains ont pris un coup de vieux, je remarque ça à l’instant, leurs dos se sont fripés, il leur manquerait des tâches brunes pour parachever le tableau. C’est très joli. Je suis surpris que le temps n’ait trouvé que cette prise là, quasi oublieux du reste, je le trouve vraiment gracieux et j’ai presque envie d’apprendre le piano pour lui retourner sa grâce.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

code