Jeudi 20 avril 1995

 

Sojac
La voie ferrée

 

Il a fait beau hier, une journée à guiboles, à terrasser ses velléités avec un rosé devant chez Nénesse, à remonter la voie ferrée, bon visiblement aussi à laver la bagnole (mais c’est chacun sa merde, voisin), et puis non : Tirage de volets, véroutage de porte, coupage de portable, ouvrage de blanc pas frais, quatuor en Fa Majeur de Ravel, Tenderness d’Hanrahan, Penis envy de Crass, la catedral de Barrios, après je ne sais plus j’ai dû me finir au Neil Young, mais quel con, mais quel con, mais quel con, des fois j’aimerais bien avoir deux neurones à ma main pour faire au moins une connexion dans la journée. Je suis fatigué, je ne dors plus, je mourrais bien cinq ou dix minutes pour voir. J’ai rêvé tout de même, mais sexe encore, brut, et je ne sais ni quoi ni comment. Juste le souvenir du désir comme picotement électrique très localisé, un nerf lointain, irrité et qui tirait à lui toute la neurologie comme on ramène un filet. L’impression de faire de la figuration. Je me suis réveillé avec ça, je pense à quelqu’un, une mélodie bancale et belle, mais me sens mal orchestré. Vraiment. Du temps pour rien, faudrait faire claquer les grandes cymbales, je vais me rouler dans des orties.

Déprime sèche aujourd’hui ; avec une poignée de sable. Il fait beau, il fait beau, il fait beau, je m’en fous, pas envie d’adhérer aux promesses du bikinisme conquérant, j’ai envie de bazarder tout, d’effondrer mon rempart de livres ou d’y foutre le feu. La maîtresse au milieu.

Disparaître. Ou alors il faut que j’accepte une bonne fois d’adhérer à ma vie comme les autres, comme l’eau à la proposition d’un tuyau. Les inconvénients de l’alcool sont presque simultanés à ses bienfaits, ça abrutit presque aussitôt ce que ça a peiner à déniaiser un peu. Du coup mon alcoolisme tient peut-être tout à ce presque, faire illusion à l’étage de la légère ivresse, de la crédulité à l’idiotie.

Heureusement ce matin en rentrant à la maison, j’ai trouvé un escargot sur la manche de ma veste, et une quantité stupéfiante de bave, alors que je sortais tout droit de chez Nénesse, et qu’en trottinant ce trajet là s’est fait sans aucune halte dans quelque près, quelque bosquet, juste 500 mètre d’une trajectoire assez rapide et optimisée. Du coup je suis redescendu déposer l’escargot dans un des grands bacs à fleurs qui délimitent la terrasse du «face aux embruns». J’ai tenu cette petite bête moche par la coquille pas loin de 5 minutes et je peux dire que tout du long il a eu l’air aussi étonné que moi.  Ensuite j’ai regardé le beau Gadsby à son comptoir. Il était tout à son show, et faisait croire par le strass à son brio funeste autant qu’à un destin à sa mesure, petit Gregory à paillettes, soumis d’ici jusqu’au bout d’ici et qui n’a que le miroir pour maître. Il se trouvera dans la nuit une femme pour s’enamourer de la patine tannée de ce play-boy de 20 ans. Et ça vraiment, ça m’a beaucoup touché.

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