Vendredi 14 avril 1995

 

Sojac
Stagnage critique

 

Euphorie douce, tellement enclavée qu’elle en est insulaire. C’est trois fois rien, C’est l’impression d’être possédé par l’esprit de Monsieur + de Balsen, c’est comme une envie de faire Tarzan, un tour sur le guidon de la bicyclette qui passe, de mordre les mollets du facteur pour de faux, de manger des cerises seulement pour cracher des noyaux, de rejouer la scène finale des demoiselles de Rochefort – le rôle de Françoise Dorleac qui danse comme une gaufre, de chuchoter « la voix dans l’intervalle » en boucle, de… Bon j’arrête. C’est aussi un soulagement complètement factice à la perspective que quelque chose a fait son temps, quelque chose d’assez peu fondamental finalement, hein… Et voilà que j’ai été bien inspiré d’attendre du temps ce que je n’aurais su qu’incidemment attendre de moi-même, ah ah ah, pardon ça m’a échappé. C’est la tristesse qui fait sa maligne.

Stagnage critique, je mange mon pain noir, en me conciliant des bouts de mer et des aubes  xylogueulante. Au reste dans cette vie il y a des moments que j’aime bien – la plonge surtout (j’aime faire la vaisselle), le ménage, l’entretien, la techniques de surface dont je me suis fait une spécialité, un zèle, où l’esprit peut vaquer sous des paupières de mains. Je pense à une Betty Boop hard-core, aux belles mélodies des autres, à ma très belle potote Mouche, à maman pour la vie. C’est vague, mais les ressacs sont parfois fructueux : j’aperçois mes villes invisibles. J’ai envie de danser. Et je me sens comme une statue de cire – je me vois comme elle doit regarder. Efface efface efface.

Bon d’accord j’ai recommencé à boire et bon d’accord ce n’est pas une bonne idée. Le truc que je veux noyer flotte mieux que moi et émerge encore quand je suis tout coulé, c’est une putain de colère en boyaux de chat, un truc sec, botulique et sans état d’âme : détruire.

Allez je lève le pied, il faut.

J’ai recommencé à peindre aussi, et ça non plus je ne suis pas sûr que ce soit une bonne idée. Tout ceux qui m’ont connu il y a ne serait-ce que cinq ans me jure leurs grands dieux qu’ils vont enfin me re-connaître, (sauf Mouche, elle elle sait)… Mais il se trouve que ça fait quelques paquets d’années que je me préoccupe essentiellement de faire en sorte que l’atelier ne soit pas juste le lieu de la reconduction de la débâcle. Dans mes moments de sottise optimiste, je repense avec une nostalgie de contamination à mes quelques expositions euphoriques de naguère, cette époque qui a duré dix ans où je faisais profession d’un état – paltoquet – et je me demande quelle tour de magie m’autoriserait aujourd’hui à assumer la courbette généralisé attenante à cette espèce de cartoon triste.

Sinon j’ai reçu dans la nuit un message-texte (j’ai toujours le Tam-Tam qu’Adèle m’a offert, c’est son cadeau d’adieu depuis peu), lequel persiste à dire : «Tu étais tout pourri ce week-end, mais je crois que je t’aime Léon», je suis très heureux mais si je pouvais être grippé, ou juste un peu patraque ça m’irait mieux.

 

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

code