Vendredi 24 mars 1995

 

Sojac
Le « Tas-source »

Hier, j’ai soudé mes câbles et il a fallu que je me mette en mode «assurage total» parce que sinon j’aurais eu tendance à faire des pâtés disgracieux ; alors bien sûr je suis moins précis qu’un petit chinois qui fait ça 18 heures par jour, 365 jours par an depuis sa tendre enfance sous la débonnaire vigilance d’un donneur d’ordre allemand (ils sont forts les allemands en audio pas cher), mais je les ai tous testés au fur et à mesure : ça le fait. Il faut que je me dépêche. Maintenant que j’ai foutu la petite grande blonde étanche au placard et que je me suis extirpé puis ré-inflingé le serment solennel d’un point 0, d’une tabula rasa, que j’ai pu constater l’inanité des motifs et ornements qui m’ont permis de faire durer la placardisation, d’étirer les restes d’une cérémonie mortuaire pour ne pas me colleter au travail du deuil, maintenant que j’ai égaillé la volière des pompom-girls tristes, que j’ai couché avec Barbie anti-mondialisation (Yeurk !), que j’ai cédé à la vitesse pour aggraver tout, imprécision et impatience ; et j’ai trouvé tout le monde et tout parfaitement bien ; et je me suis emmerdé ferme (si je mange dans ta main, ce sera lui). Maintenant que j’ai déchiré le protocole pour un test quotidien de la cuve de Porsole, maintenant que je ne suis pas noyé . Maintenant que je me suis bricolé un phylactère avec le mot « atchoum » dedans pour quand j’éternue contre un mur et que je me porte plutôt bien d’avoir enfin compris que le ornithologues n’ont pas à charge d’inventer et de produire les oiseaux, que j’estime cependant très très très passionnant que Franck Stella essaie de garder la peinture aussi bonne que dans la boite. Maintenant que l’être écrit oblitère son inexistence sans épithète, grande histoire, et que ça se précise : quitte à s’enchaîner à un développement de papier, autant viser la conclusion la plus digne de ce qui le motiva : sa dissolution dans la vie elle-même, dissolue elle-même par avance. Et maintenant qu’à légiférer à l’économe les trafics d’influence de cet écosystème, que l’interlope s’y fait la part belle maintenant que la beauté d’Antigone, attestée dans mille médaillons, ne cautérise rien sauf à considérer à ce titre ce qu’elle peut valoir : une poignée de sels d’argent ; sur une plaie. Maintenant que je n’imagine pas tout ce que Citroën peut faire pour moi, maintenant faut que je me dépêche.

Dans l’élan grand ménage et surtout rangement. Parce que ces derniers temps, l’ordonnancement de mon habitat pouvait aisément être induit dans la notion de déflagration. L’épicentre en était mon matériel d’enregistrement que j’avais rebaptisé le «Tas-source», autour duquel irradiait toute une enfilade de «tas-secondaires» essentiellement constitués de papiers, livres, flyers, cahiers, de bouteilles de crystaline vides, et d’optiques (il faut que je finisse de réparer mon appareil photo), et ce jusque dans l’entrée où il n’était pas rare de voir des factures se fracasser contre leurs rappels. Voilà, maintenant ça sent le citron chimique, j’ai envie de manger du dentifrice ou des fraises tagada. Je suis heureux. Heu-reux.

Il faut que je me dépêche.

Les passions s’épuisent à se frotter à l’insignifiance, et tout est insignifiance dès lors que le quotidien n’a que lui-même à re-générer. Il faut tout le temps se sauver de partout, de chaque lieu qui se fait appeler «ici» ; et vite de chaque amante qui se fait une situation : une innocence sur la charogne de la tienne. En plus ces mous du genou croient au destin, s’en remettent en tremblant tout au moment ou pas, glaires pathétiques d’une respiration transcendantale préoccupante, peuvent aller se faire… Une situation aussi. De toute façon, des soirées et des nuits parmi eux, je ne suis quand même pas sur le point de me faire des soirées et des nuits entre nous. Je ne bourre pas non plus que ma gueule ; je les floute aussi, au moins autant.

Bon, d’un autre coté faut aussi que je coince un peu de temps dans cette autre dimension, rase moquette celle là, à l’ourlet, qui ne requiert et ne récompenserait de toute façon aucune espèce de grandeur, courage 0, juste bosser 12H00 de rang en ne sachant rien de ce qu’on pense, en devant s’en tenir à une histoire révisée par et pour quelqu’un d’autre, la vainqueuse, en étant étranglé de l’intérieur, et c’est juste se cramponner au fugace aperçu, se ratatiner dessus comme une fougère non-viable, et subir tout du long des tombereaux de cette Eternité : la folie ordinaire. Et attendre que ça passe.

Ce qui me rassure c’est qu’être c’est être perçu et qu’on est en ce cas vachteux nombreux à surseoir dans un placenta de commentaires et de provos à trois balles – mais bon, le concept de chien ne jappe pas, hein ?

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