Jeudi 9 mars 1995

 

Sojac
Chez Nénesse avec Louise

 

J’ai bu l’apéro hier soir avec Louise chez Nénesse et elle m’a essentiellement engueulé,  m’a mis le nez dans mon pipi rapport à Adèle, pas juste parce que c’est sa copine, aussi parce qu’elle estime pour mon bien qu’il faut que je désinvestisse cette outre de C02 dont j’ai fait mon aquarium de possibles pour investir n’importe quel courant d’air. C’était sûrement passionnant pour moi comme conversation, mais globalement elle a fait les couplets, et moi LE refrain : «Chef oui chef !» ; et puis je me suis découvert le don de rire comme on percerait des petites cloques. C’était pathétique. Je lui ai promis de tout dire à la demoiselle à sa prochaine escale, et elle a pu filer rejoindre Mao (oui ils continue à se voir en douce. Ca m’énerve ça).  Moi je suis resté jusqu’à la fermeture à empiler des blancs de plus sur le blanc de trop.

Tout dire… A l’échelle mondiale, Il n’y a à ma connaissance que  Louise qui prétend y arriver tout le temps. Elle se goure peut-être. La plupart du temps elle affiche un naturel à la con où elle « dit ce qu’elle pense », en omettant de penser ce qu’elle dit. La belle affaire, comme si être spontanée c’était réfléchir avec la bouche. Et quand par exception elle arrive à quelque chose qui l’emboutit à ses voeux pieux, c’est con, mais elle est beaucoup moins sauvage que bêtement pittoresque. Il n’y a pas de vérité naturelle. Et on peut entendre toute la mer qu’on veut dans un coquillage vide, le son propre du coquillage dit autre chose de la mer que sa seule imitation.

Je vois la demoiselle Adèle ce week-end, je lui ai trouvé une sorte de ferveur tranquille au téléphone, qui m’étonne, «ce qui arrivera sera bien», cette espèce de fausse simplicité qui s’étaye de l’espoir que ce qui est bien arrivera. J’ai l’impression d’aimer cette jeune femme sans plus aimer du tout ; c’est technologique en somme. D’un autre coté, c’est peut-être maintenant que rien ne se passe, que le verbe est fondateur. Il faut dire qu’il y a encore peu je me faisais pulvériser par une vieille femme muette qui végétait et luxuriait tranquiloute à l’intérieur d’une jeune femme extrêmement belle – sa peau très blanche et des nervures bleues de feuille orgasmique. Je me réfugie dans la fatigue, c’est un angle. Dormir est la solution. Je ne veux plus me perdre, je l’aime bien en vrai la demoiselle Adèle, il est temps «d’aimer bien» peut-être, je ne me rends pas compte, je crains de trouver ça un peu long. Et puis j’ai envie de boire quand j’ai soif.

Bref chez Nénesse, je me suis remouillé l’ambition jusqu’à assez tard ; avec ce que je lui ai balancé, elle ne séchera pas de sitôt. J’ai l’humeur à désinvolter tout, à retirer le socle de cette statue pompière (cette manière de se raidir sur un état de soi qui en serait toute la compétence statuaire, cette grimace de boue, Golem débile à qui on prête avec usure un semblant de souffle, un peu d’air dans la chambre à combustion d’Eros) dont il faudrait encore que je me fasse un rêve post-monitoire. J’ai bu jusqu’à être très fatigué et très mal ; en colère. En un mot : vulgaire.

Alors,  je suis rentré chez moi et je me suis fait du «riz de la vallée du Missipi».

Ben c’est pas mauvais.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

code