Dimanche 19 février 1995

 

Sojac
Coup de fil à Dada, prévoir un coussin et un livre

 

 

Hier j’ai appelé au numéro que m’a donné Bec et suis tombé sur une petite fille qui m’a tutoyé le temps de me passer la bonne personne, la petite fille a dit «ne quittes pas, je te la passe», puis elle a appelé « Céline ? C’est pour toi», ensuite une voix rauque, pressée, presque autoritaire, et donc Céline Spitz, batteuse et actrice de son état, est partante pour une audition quand nous serons prêts nous, sera prête quant à elle, l’est déjà sur les dix titres de notre dernière maquette, trouve effectivement que le poste batterie de mes chansons n’est pas simple et qu’il vaut mieux être guitariste rythmique ou claviériste, est contente que nous répétions en journée parce qu’elle est peu libre le soir, elle a jujitsu (et une petite fille, mais ça elle n’en parle pas), s’inquiète des dates payantes que nous pouvons envisager assez vite parce qu’elle a besoin d’argent, n’est pas trop rassurée par le flou de ma réponse, mais évoque aussitôt comme un grigri la présence d’Aoda Beck parmi nous. Un gage de sérieux. J’ai dit OK, je la tiens au courant, mais je sens qu’elle ne va pas me plaire.

Dans la foulée j’ai appelé Dada ; elle est très bavarde, ça a été très long, jusqu’à ce que mon oreille chauffe, mais je résume en gros :
– Et faut que tu rentres, et fissa, nous devons auditionner une batteuse chauve.
– Ah oui ? tu as besoin de ma majesté pianistique pour auditionner une fille ?
– J’ai surtout besoin de l’assise rythmique de Pétrus.
– Je comprends mieux, j’arrive. Comment va Mario ?
– Heu… Est-il jamais arrivé que Mao aille mal ?
– OK je rentre
Je ne pense pas avoir commis quoi que ce soit du verbe «commettre», j’ai fait très attention mais je ne suis pas sûr. Je m’en fous.

Adèle déboule demain, et entend rester. Elle est impeccable cette jeune femme, on s’entend bien, elle est très très jolies tout le temps, même de près, même au réveil, même de près au réveil. Je crois qu’elle m’aime bien, mais bien au sens où son attachement serait impeccable comme elle s’il n’arrivait pas si immédiatement. Je crois plus en elle qu’en moi, je ne crois plus en ma faculté de grandir. Je ne suis pas du tout équipé pour vivre avec quelqu’un, même de loin, même comme ça… je trouve qu’au-delà de vingt jours, même comme ça, c’est déjà vivre avec quelqu’un, et mes compétences pour tout, mon adaptabilité chronique, débile, ne me sauvent pas d’être d’abord un vrai bon à rien. Je ne m’aime pas des masses, mais à vrai dire j’aurais autant de raison de m’aimer qu’une paramécie  qui aurait d’un coup autre chose à foutre que survivre et de perpétuer l’espèce.

Cela dit en matière de tout, parce que moi aussi je suis un con moyen, j’ai des leçons à donner à tout le monde. Un exemple ?

Un exemple : Conseils de Sojac pour prendre soin des seins de la fille du moment, juste quelques astuces simples :
1°/ Pendant le maniement n’utiliser ni toile émeri, ni produits corrosifs ou détergents. Par ailleurs la main doit épouser leur forme et non pas la forcer.
2°/ Toujours les replacer dans leur soutien-gorge après usage.
3°/ Ne pas laisser durablement sur la plage arrière de la voiture ou à proximité d’une source de chaleur.
4°/ Une fois par mois, nettoyer les seins à grandes eaux, les sabler brièvement pour éliminer les impuretés (le calcaire notamment), essuyer soigneusement et lustrer avec de la peau de chamois, puis passer au talc en ayant soin d’en débarrasser le surplus avant de remettre les seins dans leur soutien-gorge (On pourra en milieu humide les traiter une fois pas an au fongicide).
5°/ Leur parler : Les études scientifiques les plus récentes sont encore partagées sur ce point, il est possible que la parole n’ait aucun effet sur la vigueur et l’épanouissement du sein. Cependant dans le doute, je dirais qu’au moins on ne risque aucune détérioration, en s’adressant à lui. Et puis c’est tellement agréable…

Ne me remerciez pas.

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