Samedi 4 février 1995

 

Sojac
L’electric lady kitchen

 

Plus de répétitions. Dada est rentrée au pays ; avec Pétrus. Je l’ai déjà dit ? Parce que Pétrus a peur de la boite à rythme, et qu’à vrai dire, que l’on répète ou pas, en ce moment tout le monde s’en fout. Mes chansons du moment sont peu motivantes de toute façon. Mao du coup est en roue libre, passionnément célibataire, l’immense appartement que Dada lui a laissé en gardiennage est son terrain de jeu, foutoir festif, où des produits tournent et où tout le monde baise avec tout le monde dirait-on (je ne pense pas que Louise se soit aussi vite et aussi intensément enamourée du grand Mao sans un échange de fluides entre eux). Il faut que je fasse revenir Dada. Et Pétrus. Ce n’est pas mon moralisme qui s’égare en cerbère, c’est seulement que Mao ne sait pas à quel point sa chance est précaire en ce moment. Dada est mon amie d’abord, je sais un peu où elle en est. Du coup l’idée de recruter un batteur est urgente. Pour la faire revenir. Et puis sans batteur on ne sera jamais qu’un groupe de pop d’art et d’essai de plus, et ça gâcherait le talent de tout le monde ; sauf le mien. En rentrant de «chez Nénesse» j’ai fait un petit détour pour glisser un petit mot quadrillé et plié dans la boite à lettres de la demoiselle Bec :
–  Hé ? Il me faut un batteur ultra-technique et souple, un félin matheux, tu as ça dans tes amoureux éconduits ?

J’ai rebranché mon 8 pistes, mais je me sens incompétent pour me démoder. Exit a priori la pop à papa. Je ne saurai pas faire ce que je veux, sauf à parvenir enfin à commettre mon exemplaire dans la reproduction en série du prototype. Et ça, ce n’est pas exactement ce que je veux. Ce qui a bavé joliment dans la dernière maquette n’a tenu qu’aux deux ou trois bouts de texte que j’ai daigné laisser intelligibles. Et pour le reste, j’ai eu la sensation de faire de l’art contemporain (enfin) : parer un trou sémantique d’une signalisation qui l’assortisse au mobilier musicale et laisser au hasard la possibilité de sa détection. Et ça, ça aurait sûrement été hype, ça aurait fait du lien social… Je ricane, mais bien sûr c’est encore une posture : en vrai je suis la maman poisson qui a prestement caché la nuée de ses petits dans sa bouche ; et qui, dans un remous, les avale.

N’empêche, je me vois dans finalement peu d’années, enfin rendu tout à mon aigreur sénile, à une bruxomanie relationnelle, écrivant à télé 7 jours pour me plaindre sempiternellement de n’entendre que tchikiboum comme usage programmatique de ma redevance (dans ce temps là mes chiens seront morts, donc j’aurai la télé). J’en geins déjà suffisamment aujourd’hui et, mortel de Berthe, I survived la new wave, le post rock, Björk (non, je n’ai pas de haine dans mon coeur, je pense à toi comme à une robe légère). A vrai dire surtout, je n’ai aucune espèce de compréhension de mon sentiment d’être trop souvent aux prises avec une sorte de phimosis créatif, sentiment qui inclut ma musique à noeud-noeud bien sûr et qui, à part elle, n’entame pas ma tendresse – je ne surplombe rien, je ne comprends pas ; c’est lié.

Des fois, je me vois aussi vieillard, à l’article de la mort, lucidement mourant, sottement croyant que je vais mourir, en ayant camouflé ma vie durant mon idiotie sous des tchikiboums, et me traitant rétrospectivement de pauvre zan, d’andouille, de Raus mit uns. Parce que mon idiotie est ma meilleure part. Je me ferais bien une camomille.

Mais je vois Adèle tout à l’heure, je vais la chercher à l’embarcadère. Je me suis trouvé un livre aux puces, «se faire des muscles d’airain en douze mois en se regardant souffrir deux heures par jour». Ca va être juste d’ici à 22h00… Remarque, si je m’y mets tout de suite…

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