Samedi 14 janvier 1995

 

Sojac
Tilda S., approximativement…

 

J’ai rêvé que je noyais une portée de chatons, c’était strident, free jazz, poisseux, dégueulasse. Avec moi, une jeune femme avec qui j’ai vécu  il y a longtemps, et dont même là maintenant j’ai un mal fou à me remémorer nettement les traits. Dans mon rêve ce n’était guère plus précis, sinon l’impression de sa présence, comme une terrine de légumes froide. Je me souviens qu’elle était très jolie, mais c’est tout.

Tilda s’évanouissait souvent, surtout les soirs quand nous étions seuls ; ou alors dans sa famille. Et puis il y a eu cette fois là au restaurant : c’était un midi, nous étions nombreux à notre table, et les autres nombreux aussi à l’entour, agités et froufroutant fort, elle était assise en face de moi, et soudain m’appelle en chuchotant, « Léon, Léon » comme ça avec un regard de noeud-noeud et en poussant son assiette et la nappe vers moi, je ne percute pas tout à fait mais me lève, fais le tour de la longue table en mâchonnant des jurons, quand je l’atteins elle est déjà tournée vers moi, déjà effondrée dedans mais le corps tient bon jusqu’à ce que je m’en empare, et là s’affale comme un empilement besogneux d’organes, ses bras sur mes épaules, un drôle de soupir, grossier, d’aise grossière, j’empoigne ses fesses et jette son bassin sur le mien pour la porter ailleurs, loin, et je ne sais pas pourquoi, et pendant que je l’emporte en disant monchatmonchatmonchat et qu’elle soubresaute dans de petits désordres électriques, une sensation du très chaud sur mon ventre se répand par capillarité, me prends les hanches, les cuisses, et ruisselle entre mes jambes ; elle nous pisse dessus. Un gros gros pipi.

Notre départ en catimini, quand elle a pu retrouver ses esprits et découvrir sa gêne, le regard des gens, ceux-là qui étaient avec nous et qui ont facilité notre départ furtif, notre solitude et notre mutisme, ceux attablés et ceux servant dans le restaurant, et puis ceux de la rue jusqu’à la voiture, son regard à elle sur elle quand nous avons été seuls, tout ça oui, bon an mal an, mais oui : main dans la main, droits comme des I, ensemble. Par contre je n’ai jamais pu la convaincre qu’elle ne m’avait pas souillé, que je ne comprenais pas qu’elle l’imaginât un seul instant ; qu’il ne s’était précisément rien joué pour moi, rien. Et je n’ai jamais encaissé (toujours pas) que cette seule honte là fut restée, et qu’elle eut comme l’air de m’en vouloir longtemps. Alors que son urine n’avait jamais eu qu’une importance, fonder de la tendresse et peut-être le commencement du verbe chérir, en en retrouvant l’odeur et quelque reste sur mes lèvres dans son sexe.

 

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