Mercredi 11 janvier 1995

 

Sojac
Pétrus, toujours dos à dos avec un peu tout

 

Hier soir répétition un peu poussive et contrariante. Pétrus était là, j’adore ce grand machin (il culmine à 2,03mètres quand même), mais je crois que son frère essaye de me le foutre dans les pates. Avec la complicité de Dada. C’est vrai qu’on n’a pas de bassiste, et qu’en la matière, Pétrus est juste ce qui se fait de mieux à l’échelle intergalactique. On a déjà tenté pendant sa précédente période de rémission, mais c’est ingérable, ses crises d’angoisse, de panique, d’abattement. Rien que ses yeux de poisson à l’étalage quand il joue. Hier il était «content d’être  là» et plutôt détendu, il a tout du long tourné le dos à sa contrebasse fétiche qui est toujours là qui l’attend, mais même comme ça il a fait peur aux filles (Lydie, Nelly et Louise sont nos plus ardentes groupies depuis le concert acoustique au «face aux embruns». Je crois que l’invraisemblable plastique de Mao n’y est pas pour rien à la base) qui ne le connaissaient pas et sont restées prostrées sur leur banquette au lieu de danser comme des nouilles comme elles font d’habitude. Sauf Nelly qui a eu une explosion de foufoune chaque fois que Pétrus a bougé une oreille. Mais Nelly, ça ne compte pas. Ils auraient bien voulu que je reste «fin-de-soirer» avec eux, surtout Mao qui a une revanche à prendre en matière de murge et que je soupçonne de vouloir me cuisiner sur ce que je suis encore en train de gâcher avec la grande Lydie. Mais j’avais rendez-vous avec Mouche.

Je l’ai cueillie devant chez elle et on est allé voir de la danse moderne dans une friche industrielle. Un peu de douceur dans un monde de brutes a priori. Et puis non. Le show méritait son public blasé de bobos-électroïstes. Sur le fond d’une musique pour poupée gonflable (à écouter sur le dos, la bouche ouverte), deux types très beaux et taillés par des années à lancer en l’air des jeunes filles très maigres affalèrent une chorégraphie autour d’une merveilleuse grande bringasse anorexique, statique, et bien emmerdée d’être astreinte à un yoga crispé pendant que ses copains faisaient les cons. On aurait dit du Buster Keaton . En un peu moins drôle. D’évidence il y avait des velléités narratives. Je raconte ce que j’ai compris (c’est difficile de comprendre la danse et je n’ai vu que le soutenable – l’attrait de la buvette était si fort) : Deux brancardiers trouvent un maçon en tutu (la fille) qui est tombé à la renverse dans un bac de plâtre à prise rapide et l’emmènent à toute berzingue à l’hôpital vétérinaire. A l’étage des tortues. Fin de l’acte I.

Ensuite buvette, puis ensuite chez Mouche ; on a bu des canons, elle m’a photographié et filmé sous tous les angles, j’ai fait le chipendale rive-gauche, la parangon LOREALien d’une trombine burinée de l’intérieur qui porte très bien la brise légère, on a dit un mal torve, vicieux, de tout le monde, on a tripoté ses chats comme des petits amoureux inachevés, mangé des haricots verts frits à la MOTUL (han la vache ! c’est la pire cuisinière de la ville, mais comme on mange à 2H30, et seulement en ouvrant la troisième bouteille, on brouterait dans sa main) ; et je lui ai parlé d’amour : elle m’a trouvé complètement con.

Au réveil, je constate que j’ai beaucoup d’admiration pour Claudia Schiffer ; une telle carrière avec un nom de stylo-plume et une tête de bille… Chapeau Madame.

 

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